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Une nouvelle poésie québécoise : Àlain Farah, Dauphin Vincent, Mylène Lauzon, Renée Gagnon, Christian Larouche, Daniel Canty, Philippe Charron, Steve Savage

Editeur: Jean-Marie Gleize

Jean-Marie Gleize est professeur de littérature moderne et contemporaine et directeur du Centre d'études poétiques de l'École normale supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon).
 

Une nouvelle poésie québécoise

 

 Depuis quelque temps, une meute de moutons noirs (est-ce que ça se peut?) s’implante petit à petit dans le champ poétique québécois. Je dis « moutons » mais il sera plus exact de se servir du lexique porcin, car c’est notamment à l’enseigne d’un Quartanier (http://www.lequartanier.com) que ces écrivains publient leurs livres, productions, je le précise, qu’il ne faut pas fédérer à outrance tant elles déploient nombre de tonalités, de méthodes, d’ambitions. Une chose apparaît toutefois suffisamment probante pour faire office de dénominateur commun : ces auteurs se méfient des poncifs (hélas souvent justifiés…) qui collent à la poésie québécoise. À des années-lumière du chant national, allergiques à l’intimisme ringard, prudents à l’égard des machineries formalistes, ils développent des énonciations singulières, propres à l’époque, s’objectant du coup au ronron ambiant d’un coin de pays où la critique inquiète. Ce choix de textes, forcément partiel, sert avant tout à le signaler.

 

Àlain Farah*

                                                                                              

Dauphin Vincent

Né en 1974, Dauphin Vincent vit à Montréal. Il est réviseur linguistique et correcteur d'épreuves. Ses poèmes sont parus dans Moebius, C'est selon et Fusées. Il travaille à un second livre autour du monde de la boxe, intitulé Ring.


RiNG

Colin Beffroi

     -VS-

Marin-Joule

                Quand l’entraîneur prépare Marin-Joule au combat, il préparle pour que coup par coup le trou au pourtour apparent partout chasse par le trou le pourri apeuré du vertige et ne force pas trop le litige.

« Marin-Joule, lâche pas. » La lumière en toi est aussi vivante que la lumière en moi. Dans ta moelle qui s’échauffe, le monde est une redite. Pour en être grandi, il va te falloir cogner sec et rentrer te blottir chez les bestiaux. Tu es le battant qui rend à bras le corps toutes les actions du monde autour de lui. Tes enchaînements sont cette vague qui obéit à la nature du feu. Patience, ta fatigue de répéter. Tu habitues tes sens. Tu n’as que la merde de la main dans la viande. Regarde ces rivaux-là, qui t’ont délogé, leur merde, leur viande. Je te le dis, de la viande que tu manges, je sépare la graisse, que je fais fondre et dont je tire une espèce d’huile compacte. Tiens, voilà ta bougie. Reste petit raide; peste poids rapide, sois fier du sang dont tu sors, matière toute loyale, où te faire obéir est jeu de pieds. Éprouve le rythme, la cadence, as-tu vu que l’horloge nous minutait? Mœurs pochées de ploucs, mains peuplées de pouces : refrène tes refrains. Tu sais que les chercheurs de rif ont peu de foin, alors peu de fois ils tâtent du lard. Regarde, la balafre sur mon ventre. Elle se fissure sans lard dans la maigreur du trou à nœud. Allez, tête de nœud, martèle le roc de ton art.

 

Un jour, j’ai ouvert le nœud, en ai exposé le trou apparent. Au début, le trou sèche, déboîte son tour dans le séchoir. Regarde, le petit vrac sortir, la peine vivace se vidanger. Singe l’enfant, le cœur tout vert en tôle figé en toi. Avant la vie en force, l’enfant que tu fus n’eut rien à nier, sinon renier le trou à soif et faire le tour fois à fois pour rien : enfin il marche en rond. Attends ton tour dans la soute vacante. La sorte de vacarme va tendre ton trou, ta faille, te pousser debout sur le ring.

 

Le jab, c’est un début
un débit de coups secs
à faire faire en toi une foire
une balade mentale pour
écraser la foudre malade
qui te prend la tête.
Avant de coucher Colin au tapis
tu feras déluger les sueurs
boiras à la régalade leurs eaux et
défonceras le lard de son poitrail.
Il sera ta pâture.
Mais d’ici là
soupe juste
dore ton lard et dors tard
mange porc par mange cœur
ange par trou mal percé
ouvre la flasque et bois.
Allez, marche en rond,
malade rentable.

         ****************** 


Mylène Lauzon

En 2001, Mylène Lauzon co-fonde la revue de poésie C’est Selon, et la dirige jusqu’à son départ pour Bruxelles en 2004. Certains de ses textes et poèmes ont été publiés dans les revues montréalaises C’est Selon, et le Quartanier, dans les revues françaises Sitaudis et Fusées ainsi que dans le Beaux-Arts Magazine. Depuis 1998, Mylène travaille principalement au sein de compagnies de danse contemporaine et depuis janvier 2004 elle accompagne les projets chorégraphiques de la Dame de Pic / Cie Karine Ponties pour laquelle elle crée actuellement un livre de poésie intitulé Holeulone qui paraîtra aux éditions Le Quartanier en Octobre 2006. Deux autres livres, écrits en collaboration avec le bédéiste belge Thierry Van Hasselt, paraîtront aux Éditions Frémok en 2007.


Ici Narration  =  Sept Scènes en Salles  intérieures

 

Scène Un - Performance

 

 

Sol en bête béton
Mur
Mur du fond en papier de riz blanc

 

Un canapé bourgogne usé
Des corps
Plusieurs années le poids des corps les soubresauts des corps ont usé

 

Sur le canapé
Une robe
Une robe blanche
Une robe blanche en papier mâchée

 

Un grand verre d'eau sur le bête béton à côté du canapé

 

Une femme entre en scène
Nue
Cheveux blancs  
Poils pubiens blancs 
Age trentaine plus dix ou vingt peut-être le double moins cinq
Les poils pubiens sont blancs le corps plutôt lisse muscles

 

La femme regarde sur le canapé la robe
Regarde la robe blanche en papier mâché

 

La femme plie les genoux
Prend le verre d'eau avec les deux mains
Se redresse
Boit tout ce qu'il y a dans le verre l'eau
Dépose le verre de vide au sol

 

La femme aux cheveux blancs ne s'est pas déplacée depuis son entrée
Sauf pour
La femme regarde sur le canapé la robe
Regarde la robe blanche en papier mâché
Elle s'en approche
La soulève l'allonge face à nous sur elle la retient sur elle par la taille
La robe lui ferait comme un gant

 

Elle monte sur le canapé bourgogne
Face à nous toujours mains sur la taille dessous la robe
Ensuite elle ouvre la bouche ouvre la bouche très grand
Son bras libre s'élance dans les airs elle chante
L'époque de sa robe sans voix bouche ouverte très grande ouverte
Le bras qui chante en l'air dans le silence de la bouche prend à l'épaule la robe
La lance la lance dans les airs vers nous elle tombe
La robe en papier mâchée sur le bête béton devant elle devant nous
Est tombée la robe blanche en papier mâchée

 

La femme aux poils pubiens blancs sur le canapé sautille
Comme une enfant sur le canapé sautille puis saute pieds joints plus haut
Plus haut puis se laisse rebondir sur les fesses sur le canapé
Une fois deux fois trois fois comme une enfant
Ses cheveux blancs dans les airs comme une robe se confondent avec le mur
Derrière et dans les airs du riz blanc

 

Elle enfant qui sautille arrête
Se repositionne debout près du verre de vide au sol à côté du canapé bourgogne
Elle regarde la robe blanche en papier mâché tombée
Elle pivote fait demi-tour sur elle-même
Et chante de tout son corps à l'extérieur de son corps allant et nu
Jusqu'à sa sortie de scène
Oups I did it again

 

 

 

 

Scène Deux - Série photographique

 

 

Pieds et fines chevilles dans talon aiguille

 

Un cou un visage d'homme ses yeux ses cheveux sous l'eau
premier plan sa gorge sa bouche qui elles ne sont toujours pas sous l'eau
il n'est toujours pas noyé

 

Un ventre gonflé un nombril éclaté un enfant pas encore né
second plan un canapé bourgogne

 

Un gorille
plan américain

 

Une femme dans le vestibule d'un appartement se défaisant de sa veste
un sac d'épicerie à la main et détergent liquide ultra doux


Les yeux clairs d'un père


Un tigre en cage
rugissement


Une femme qui embrasse le torse d'un homme


Des écrevisses
des traces d'écrevisses
beaucoup d'écrevisses dans le sable


Une femme qui embrasse l'épaule d'un homme


Cuisse ventre
mains sur les hanches
culotte blanche sur ventre plat


Deux éléphants


Échographie petit garçon


La  main d'une femme dans la main d'un homme
second plan vêtement accroché sur une corde
il y a du vent les vêtements sont blancs

 

Scène Trois - Séquence filmée

 

Robe bleue cabine téléphonique grand boulevard
Affolée une femme n'a plus d'argent
Même pas de quoi téléphoner
Qui d'ailleurs

 

Scène Quatre - Séquence filmée

 

 

Un petit garçon d’environ cinq ans prend la balance la seule balance de la maison et va vers son papa lui demande: «Papa papa combien pèse une balance? NON noooon  com   bien pèZe cet  te ba lan ce- ci? » Le papa regarde son enfant, lui fait un sourire de cinq ans; son petit garçon est un génie.

 

 

 

 

Scène Cinq - Performance

 

 

Lieu cuisine
Son premier cliquetis d'une horloge
L'aiguille des secondes résonne
Dans la cuisine
Un frigo ouvert et vide éclaire les pieds d'une femme
Là assise devant nous
Le frigo seule lumière de la cuisine
Éclaire  les pieds d'une femme
Dont on entend confus les faibles pleures les faibles rires
Les pieds l'un dans  une tarte aux pommes de terres
L'autre dans une omelette aux pommes de terres
La femme bouge les orteils les pieds les talons les pieds
Presqu'avec tendresse
Dans les plats jusqu'ici sous elle le sol encore chaud et doux
Son enfant dort

 

 

 

Scène Six - Sculpture

 

 

Une boule en papier mâché carton brun
Une boule suspendue en papier mâché carton brun
Des rails que des rails
Et des trains en surface et la traversant
Des rails que des rails
Et des trains en surface et la traversant
Une boule en papier mâché carton brun sans  intérieurs eaux sans villes
Sans personnes dans les trains moins nombreux que les rails

 

 

 

Scène Sept - Écriture

 

 

Ici Narration  =  Sept scènes en salles intérieures  = Voix Espace Mouvement Matière  =  Art = Rien à voir avec mon sexe = Même si  une femme = J'appelle ma copine et je lui raconte en détails ma baise d'hier = Tu n'es pas ma copine = Je suis déçue et préoccupée = Dans une salle divers bruits j’enregistre = Faire avec = Je pense = Interaction Environnement Composante = Rester dans l’actualité = Une panthère blanche ça n’existe pas = Affirmation.

                                                                                                                       


                                                               *******************


Renée Gagnon

Née en 1978, elle vit à Montréal. Elle a complété une maîtrise en littérature à l'UQAM. Elle a publié des poèmes dans diverses revues, dont C'est selon et Fusées. En mai 2006, elle reçoit le Prix Émile Nelligan pour son premier livre, Des fois que je tombe (Le Quartanier, 2005).


on dit que ça peut être partout, ici ou ailleurs dans n'importe quelle ville, village dans n'importe pays dans une petite ville, dans un vieux village dans un endroit où tout le monde se connaît n'importe où avec n'importe quels gens dans n'importe quelle langue où tout le monde lit où tous écrivent dans un village où tout le monde connaît tout le monde
où dans les maisons on observe par le trou des serrures
où on écrit des lettres où on les poste où tout le monde peut envoyer des lettres même les oiseaux
quelqu'un écrit des lettres, quelqu'un salit quelqu'un tout le monde, quelqu'un écrit des lettres
porte le nom d'un oiseau dans l'enveloppe, signe se dessine oiseau
pas pie, bécasse, hirondelle, pigeon,
un oiseau de malheur, un corbeau

comme ceux que tu recueillais morts petite
dans la petite ville médecins reçoivent des lettres qui les disent amants de femmes qui ne sont pas les leurs, de filles qui ne sont pas femmes
les mêmes histoires que d'habitude
on s'en moque un peu 
mais corbeau craille, oiseau noir révèle choses noires dit tout n'importe quoi à tout le monde et tout le monde se connaît, tout le monde apprend n'importe tout, de toutes les bouches les mots des lettres sortent et entrent et tout le monde mange du corbeau le nourrit dans sa main
tout le monde se demande qui c'est
dans la ville qui est
le corbeau qui porte à la poste ces mots salissent à l'encre noire
l'encre noire dans toutes les bouches avec des plumes
tout le monde reçoit lettres se tache d'encre
elles racontent des choses, des arnaques, des adultères, des vols, des vices, on pense : l'oiseau ment, on pense : trompe tout le monde et on rit un peu, on se fâche un peu, on pense : c'est des conneries tout n'importe quoi
les lettres continuent d'arriver à la poste d'arriver dans les bouches se propagent on rit moins et ça commence à bien faire, je veux dire, on commence à croire à ces histoires, on pense : corbeau mange parasites en ville, corbeau lave la crasse, croasse la colombe d'encre noire qui nettoie en salissant

 

des lettres plusieurs par jour à plusieurs personnes disent la même chose ou pas,
lettres au dessin nous mettent dans les bouches des mots écrits de travers qui ne nous appartiennent pas mais passent mieux dans la gorge
tout le monde connaît tout le monde doute surveille
corbeau a l'oeil américain apprend secrets invente rebaptise le corbeau sait qui il est

toi, tu connais ceux échoués aux trottoirs dans les ruelles et l'encre noire, tu les ramasses inoffensifs morts vrais beaux corbeaux morts dans tes bras, qui ne parlent pas

 

ça peut être partout dans un village avec une école, un hôpital, une église, des rues vieilles, des vieilles, partout où il y a des médecins, des nonnes et des mères, des policiers, des prêtres, ça peut être là où des enfants jouent dans les cours d'écoles et les mourants meurent dans leur lit, une soeur à leur chevet,
là où on a peur des feuilles écrites à l'encre noir plumage
le corbeau écrit à tous, aux hommes aux femmes
et au mourant à l'hôpital, au mourant qui mourra bientôt qui ne le sait pas,
au mourant, corbeau apprend qu'il ne guérira pas, il signe sur la gorge un suicide au rasoir et c'en est trop, certaines choses on supporte mais ça pas dans les petites villes dans les villages où on connaît tout le monde, on se dit qu'il nous cherche
aux obsèques tristes de vêtements noirs une lettre tombe une lettre passe de main en main dans la foule rassemblée pour le mourant mort une lettre sous tous les yeux fâche
- c'est elle le corbeau!
on se met en colère en masse en masse on crie on cherche on accuse la nonne en noir tout le temps on scande son nom on grimpe aux clôture on entend son nom Corbin corbeau dans toute la petite ville
elle court elle voudrait se cacher, on voudrait arracher ses robes noires et voir dessous comment c'est un corbeau, comment corbeau parle des lettres, en masse on est fâché, on attaque, on brise les miroirs, les fenêtres,
on a fouillé la pauvre
ne vole pas traquée elle est bonne pour le cachot
du coup lettres à la poste ne vont plus, plus dans les boîtes aux lettres, plus de lettres

 

à point dans l'église du balcon une enveloppe descend coléoptère
si les lettres reprennnent, continuent de s'écrire, de s'envoyer, si les mots dans les bouches retrouvent leur place, si on se passe papier à l'encre les mêmes enveloppes, le même papier, la même écriture noire, grande, majuscule, c'est que ce n'est pas le bon oiseau
c'est que le corbeau court toujours vole secrets vole bas
on relâche Corbin corbeau et en masse on se demande on se demande de qui les plumes tombent de quelle bouche les lettres
on en a assez

comme toi avec les corbeaux petites tu ne les as plus jamais amenés parce que la mort salit et se répand là où on la laisse reposer
on veut enquêter sérieusement parce que plus personne ne rit jamais, on ne veut plus d'hypothèses on veut la main coupable
alors entre médecins on s'allie aux forces de l'ordre pour former tous contre corbeau tous contre suspects pour trouver qui tache la ville à l'encre noire
on part à la chasse écoeurés
on est deux médecins un jeune un grand à barbiche blanche on est un substitut un sous-préfet un maire on est tous un juge on est la masse contre tous tous contre tous parce que tout le monde peut tenir un stylo
on a décidé de plumer l'oiseau jusqu'à sa dernière, jusqu'à l'ongle
maintenant les suspects du balcon de l'église on leur dictera les mots du corbeau se démasquera
enquêteurs devant, suspects assis aux bureaux pendant des heures écrivent en majuscule les mots des lettres dans les bouches avalées des noms des adjectifs les mots qu'on n'aurait jamais dits sans qu'un oiseau ne  nous ait appris à les prononcer
on écrit débauché, putain, ivrogne, crapule, canaille, farceur, voleur, menteur, avorteur, pourrisseur, vieux cadavre, crevard
en majuscules sur les feuilles on écrit des mots on écrit des saloperies pendant des heures on devient tous la salope à plume
puis une s'évanouit oblige l'intermède on pense au subterfuge à la ruse à la plume noire d'encre ses mains sont celles blanches qui trompent salopes
évanouie parce qu'enceinte du médecin jeune nouveau juge du corbeau
usurpe l'identité du corbeau pour le lui dire parce que pas le courage de signer son nom singe le corbeau
on ne sait plus croire quoi
mais elle allongée les lettres suivent
on dira ça se resserre le collier sur le cou de l'oiseau
on soupconne la femme du médecin à barbiche qui coincée faisait du gring au plus jeune amant une fois de l'enceinte, elle lui parlait en cachette dans les coins sombres de la petite ville on pense que c'est elle son mari aussi la traite de folle histérique qui crie
la salope on l'embarquera pour l'hôpital elle qui crie que ce n'est pas elle
que c'est une machination
que c'est son mari
qui se débat histérique
embarquée sirène hurlante
histérique derrière ce n'est pas elle 
mais rapidement la supercherie on la voit
le corbeau n'est pas une femme les femmes jacassent, bavassent
le corbeau est un homme
le médecin dans sa barbiche blanche avec son sourire qui riait qui croassait qui savait tout qui savait comment s'y prendre qui rusait plume à la main
en face de soi on a ce vieux corbeau blanc salope 
derrière bureau lunettes sur sa feuille les lettres en majuscules et du sang
trop tard pour lui mettre collier au cou
la mère du mourant mort y a planté le même rasoir
ainsi refermer village refermer ville où tout le monde connaît tout le monde où tout le monde est devenu étrangement étranger complètement refermer l'histoire de la ville n'importe laquelle dans n'importe quel pays où les rues sont en pierres les murs connaissent tout le monde où il y a école, église, hôpital où tout est tranquille où tout le monde parle à tout le monde où il y a un bureau de poste où des lettres s'écrivent où on écrit à l'encre noire des lettres où on avale n'importe quoi on referme les bouches avec leurs mots en trop on renferme l'histoire dans les bouches on ferme les bouches on garde le goût des plumes dans l'estomac l'encre aux  lèvres l'encre aux lèvres le goût du corbeau dans l'estomac dans n'importe quelle vieille petite ville où tout le monde est un oiseau


 

                                                               ******************


 

Christian Larouche

biométrie: Christian Larouche, antidark pronom et nom, ne souffre pas, écrit pour les amis et dit merci (H: 5,7 pieds; T: 160 lbs; A: 28; Y: Verts; Hu: Joyeux; Pe: Poilus; Te: Beige; Ch: Brun foncé; N: Canada; Cie: ACME ; Livre à paraître : Royal rince-cochon)



Crapet-soleil

 

dolor métrite,

laisse banquer morphoses :

comme ça c’est fuie,

comme ça suite,

quand parti, j’ai

en l’air mis crosse, métope

met bas, abandonne,

la drège qu’emporte.

«dans le souvenir que j’en ai.»

au fistuleux vrai c’est

cul de placard,

point d’orgue vulve neuf ans,

macaques bobettes laides

de goldorak.

que du gossant je,

sexualisant je,

mais content je, moult fois.

déforme le moi

si carné drabe, pour sûr,

le carné drabe du tu. 

c’est d’l’étampe maniaque 

fendillée, comme

c’est tout un mémorial 

blabla que tu m’fais,

cré groggy.

 


Motlock

 

clamé nulle part, au menu

de clamecer toujours, des culbutes.

on y revient, de mal en pis,

comme une nomenclature

infidèle au portrait;

là faillir encore et encore

comme on sut faire fi.

on y revient, encore et encore,

et là crâneur ou cénure

on demande à qui mieux mieux :

haut du corps, bas du corps?

haut du corps, bas du corps?

haut du corps, bas du corps?

 

 


Uhhh!?


rummy pour potentialité zéro,

dummies au rancard

de la de taille forte déception.

coupures et biffures,

ou n’en dis-je rien du jeu

patrouille armée familiale,

rien, puisque

rien des dulies n’est dit,

n’est dit de la stabilité de l’attache.

machine rodée

en définitions polices,

je parcoure l’autoroute souvent,

soit par explication l’exemple,

soit par sentiment désagréable intuitif.

où ton est heureux de partir

avec l’idée d’évitement

sans contourner fait suce,

béance, par périodes

courtes efficaces.

le boni pour deux l’achat d’un

et le cœur de crème dans

l’attaché-case laissent

entendre que oui, c’est

une série de belles maladies.

 

                                                               ******************

 

Daniel Canty

Daniel Canty poursuit l’écriture d’une encyclopédie brève et imprécise, Les Explications, et d’une vie imaginaire, La Maison Toujours. Il dirige les ouvrages collectifs de La table des matières aux Éditions du Quartanier. Sa traduction de Pierre blanche; poèmes d’Alice de Stephanie Bolster paraîtra l’an prochain aux Éditions du Noroît.



                                                                                      Maison toujours

                                                         

 

On désire tous un coin à soi, un coin seul où arriver à arriver.

    Une maison est un recoin du monde qu’on a déclaré sien. Soit, mais il faut reconnaître qu’un coin n’arrive jamais seul. Un coin est le résultat d’une rencontre. Chaque détail de la maison contient l’esquisse d’un mouvement qu’on ne saurait réduire à notre unique volonté.

    La terre tourne, on le sait, et l’espace, lui, peut très bien se retourner sur lui-même, emporter la maison dans son élan. En avant, en arrière, les balcons sautent dans le vide. En haut, en bas, les escaliers montent et descendent. Partout autour, portes et fenêtres s’ouvrent et se ferment. Ce qui entre peut sortir, et ce qui sort peut entrer. Les murs s’élèvent et se rejoignent. Les plafonds se cambrent. Les planchers s’étalent. Les tapis recouvrent. Les corridors s’allongent. Les miroirs reviennent. Les surfaces réfléchissent; les ombres et reflets glissent en elles. Les pièces passent les unes dans les autres. Les objets et les meubles s’assemblent. Les animaux inanimés pulullent. Pattes de tables et de chaises, bibelots et babioles, vaisselle et ustensiles, livres et paperasse : partout, petits troupeaux gardés par nos gestes quotidiens.

    Nous ne sommes jamais seuls à être seuls. Des réalités se rejoignent. Des Irréels rôdent à tous les angles, complètent nos mouvements, renvoient nos regards à ce qui leur échappe. Ils connaissent toutes les portes d’à côté, les jours et les failles,

Entre eux et nous, un monde dont les mouvements appartiennent autant à nous qu’à eux. Habiter et hanter sont des verbes complémentaires et transitifs.

    Les Irréels se cachent dans les angles. Ils circulent par les portes-à-côté, les drains, trous, jours, failles, fissures, replis, cachettes. Nous ne sommes pas seuls. Le dehors rôde dans les coins. Habiter ou hanter? Peu importe. Les Irréels demeurent avec nous.

    Prenons ma chambre en exemple. Sous mon lit, il y a un trou noir. Pour en toucher le fond, il faut que j’y rampe. Au plafond de mon garde-robe, la trappe du grenier résiste à toutes les tentatives de la refermer. Qui pourrait passer par là? Il n’y a rien là-haut : le plafond est trop bas, la pièce est sans plancher, que toile tendue entre les poutres. Quelle est cette créature, équilibriste, qui se tapit dans l’ombre quand je passe la tête par la trappe? La fenêtre de ma chambre, au premier plancher de notre maison à un plancher, donne sur la ramure de l’érable de la pelouse avant. Les réverbères projettent des ombres composites sur le feuillage. Le vent les anime. Si je ne referme pas bien les rideaux, les veilleurs qui m’attendent dans la ramure m’emporteront avec eux. Quand risquer l’aventure? Et quand rester chez soi?

    Il n’y a pas que ma chambre qui m’inquiète et m’invite au mouvement. Par-delà les vêtements de tous les placards, déguisé dans les chemises de mon père ou les robes de ma mère, qui cherche à me tromper? Derrière les manteaux du vestiaire, pourquoi, pour qui cette petite lucarne? Je me couche parfois de tout mon long dans l’armoire à jouets du sous-sol. Qui d’autre peut bien y dormir? Quand je ne retrouve pas ce que j’ai rangé, je me demande quelle main fouille au fond des tiroirs fermés. Le miroir est-il aussi une porte? Est-ce que mon reflet, quand je n’y porte pas attention, s’affaire ailleurs? Les Irréels sont multiples. La toilette ouvre sur un monde englouti. Qu’est-ce qui peut remonter par ses profondeurs? Les bouches d’aération exhalent l’air des Souterrains. La cheminée est un conduit commode pour les Aériens. Tout ce qui souffle peut apprendre à parler, ou à chanter.

    Pour loger tous ses habitants, la maison s’enrichit d’annexes rêvées. On ne les habitera jamais, mais elles existent en nous — elles nous habitent. Chaque chose se double de l’idée qu’on s’en fait. Nos résidences secondaires sont aussi nombreuses que nous. Il n’y a pas de coin qu’à soi.


 

                                                                ******************


 

Philippe Charron

Philippe Charron a écrit Tirer transposer tenir joindre mettre déplacer tenir mettre traîner, à paraître au Quartanier à l’automne 2006.

 

Fait.

Vite fait.

 

 

En côte à côte
devant un écran bref donc attenant à un espace et des compartiments en piles.
 

L’amateur sportif requiert assortiment de sandwichs et boissons pour entretenir sa loque.
 

Son inventeur au plat, sans s’y mettre les doigts, permet ouï-dire est porteur de sandwich ; combien de bouchées avant qu’il s’appelle?

 
Sans s’arrêter de jouer.  Ne s’arrêtant pas de jouer.

 
C’est de tour, le brasseur faire ses choses en même temps.  Il aime mordre dans ses affaires.

 
Simple : Pain                     gagner de l’argent.

            Viande

           Pain

 







 

Recension des matières.
Équilibre et ratio.

 
 

 

On peut jouer un match par franche camaraderie ou par désir de compétition.
On peut jouer un match par franche camaraderie ou par désir de compétition.
 

 

L’opposition flamboyante récupère la balle en mi-terrain pour une autre contre-attaque.
L’opposition flamboyante récupère la balle en mi-terrain pour une autre contre-attaque.

 
 

Le joueur semble être en bonne forme physique.
Le joueur semble être en bonne forme physique.

  


C’est incroyable. Le joueur pensait avoir marqué un but.
C’est incroyable. Le joueur pensait avoir marqué un but.

 

 
Le gardien de but n’a pas craint cette menace.
Le gardien de but n’a pas craint cette menace.

 

 
N’importe qui serait heureux d’avoir marqué un but d’une facture si classique.
N’importe qui serait heureux d’avoir marqué un but d’une facture si classique.

 

 
Le joueur savait exactement ce qu’il était en train de faire.
Le joueur savait exactement ce qu’il était en train de faire.

 

 
Le gardien de but a effectué cet arrêt par pur instinct.
Le gardien de but a effectué cet arrêt par pur instinct.
 

 

Par cette victoire, l’équipe vient de réaffirmer sa position en tête de la ligue.
Par cette victoire, l’équipe vient de réaffirmer sa position en tête de la ligue.

 

 
L’entraîneur sera certainement fier de son équipe.
L’entraîneur sera certainement fier de son équipe.


 

                                                                ******************

 

Steve Savage

Steve Savage est né à Montréal en 1970. Il a fait paraître 2 x 2 (2003) et mEat (2005) au Quartanier.

 

Biogramme dit dansé

 

Pour Karine Denault et l'Aune.

 

danse dense pense pente lente sente mente meute meut peut peur pur sûr dur dure dire [dare veut dire ose] pose pèse pense pente perte porte sorte [sore veut dire plaie] paie pie pile pire dire [dice veut dire dé] des dos dose pose pèse pense pente rente reste peste pèse pense pente pète pèse pose pore [sore veut dire plaie] plaît lait tait toit toi [toy veut dire jouet] joue jour [pour veut dire verser] [verse veut dire vers] sers sors [sore veut dire plaie] ploie plie prie proie broie croie craie crâne carne cane cône corne carne cane cône corne [core veut dire cœur] cour tour tous tonus bonus [bones veut dire os] us pus pas sas ses sis sois pois pots rots rois soir voir noir [nor veut dire ni] ri si sis sois sais sain pain pan pin [pine veut dire pin] [pine veut dire pin] [pain veut dire mal] mâle lame larme larve lave [love veut dire aime] amer rame dame âme âne anse danse anse ange âge cage cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cag cage âge ange anse danse dans [sand veut dire sable] sabre sobre [sore veut dire plaie] plage page pige pire tire tare rare rire rive rite rate [date veut dire date] dote vote note noce [nice veut dire bien] sien rien sein sain pain [paint veut dire peint] peine pleine plaine laine [lane veut dire voie] vie vire dire [dirt veut dire crasse] crisse crosse rosse rose rase [raise veut dire lève] lave pave cave cale pâle pôle rôle râle rame pâme âme âne anse danse panse passe casse case vase vise vire dire [fire veut dire feu] fer [far veut dire loin] loi roi soi soin son non nom mon mont monte mente meute meut peut peur pour cour cor car [care veut dire soin] son sont dont pont pond rond ronde roide raide rade râpe pare rare rive rire rite rate tâte hâte [ate veut dire mangé] marge [merge veut dire fond] fend pend perd père mère mare [are veut dire est] tes tas tais taise toise voisé visé bise bisse baisse baise [raise veut dire monte] mente vente vante hante honte monte mente vente verte perte porte sorte morte monte monte mente vente verte verre serre terre erre ère erse esse messe vesse veste vaste vase case casse passe panse danse [dance veut dire danse] anse âne âme pâme rame râle rôle pôle pâle cale cave pave lave lève [live veut dire vit] voit vont vent [vent veut dire fente] fonte tonte tente teste tête vête bête fête fétu féru feu peu plu pli [lip veut dire lèvre] lièvre livre lire lime cime crime rime rame dame âme âne anse danse anse ange âge cage cag cag cag [sag veut dire pend] perd père mère gère gare [game veut dire jeu] jet net set sot soit boit voit voie voile vole pôle pâle râle rage gare [game veut dire jeu] peu peur pure cure cire crie crue rue pue due tue mue nue nie noie voie voile vole pôle pâle râle rage cage cagne cogne rogne ronge songe longe [lone veut dire seul] sel gel tel bel [bell veut dire cloche] coche cache sache hache mâche bâche bâcle tacle tache [ache veut dire mal] mâle mule meule veule seule soûle [sole veut dire plante] plainte plaine laine saine saline maline marine [Karine veut dire danse] dense [sense veut dire sens] sans ans anis amis amas  âmes [same veut dire même] mime mire mare mure meure mère mène gène gèle gale gage gare garce farce [face veut dire face] fane faune aune une     

 

Note : Un biogramme (de bios, "vie" et gramma, "lettre") est une séquence lexicale
constituée des cinq modes possibles de mutation du code génétique, soit
l'ablation (de ange à âne), l'addition (de lire à livre), la substitution
(de lave à lève), la transposition (de rame à mare) et la répétition (de me
à même).

Le biogramme dit dansé procède par bonds et ressassements, usant de mots
anglais traduits pour relancer la série de façon impromptue. On y retrouve
le terme CAG, qui, répété 32 fois de suite dans une séquence d'ADN,
identifie la chorée de Huntington ou danse de Saint-Guy.

Ce biogramme a été présenté sur scène avec la collaboration de la
chorégraphe Karine Denault, du musicien Alexander MacSween et du designer
Christian Bélanger dans le cadre du spectacle Hallahou! des éditions Le
Quartanier (Montréal, mars 2006).

Existent aussi les biogrammes dits calé, casé, cassé, dédit, dédié et
dernier.


 

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*Àlain Farah poursuit des études doctorales en lettres modernes.  Cofondateur de la revue C’est selon, il est l’auteur de Quelque chose se détache du port (Le Quartanier, 2004).

 

 


 

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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "… Il n’était ni l’un ni l’autre, Alain Robbe-Grillet, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Rien qu’un écrivain, tout simplement. Et un écrivain qui, précisément, s’en est pris d’entrée à l’increvable pathos romantique selon lequel l’acte d’écrire relèverait d’une nécessité absolue. La posture oraculaire du dieu tonnant ses vérités n’a jamais été la sienne. « Moi, en tout cas, déclarait-il en 2001, je peux vivre sans écrire ». « Pas sans vin rouge », ajoutait-il. Logique que la veille de sa mort, la première chose qu’il ait réclamée : une bouteille de bordeaux."
Ludovic Monnerat "Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L’hésitation de l’Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d’une vision stratégique confuse."
Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
Luc Rosenzweig "Pour sauver le soldat Enderlin, il semble nécessaire maintenant de sortir la grosse artillerie, sous la forme d'une pétition en sa faveur, lancée par le Nouvel Observateur, quartier général de la résistance à l'émergence de la vérité dans l'affaire Al Doura."