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Auteur: Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig est spécialiste de politique internationale.
 

CARNETS DE CAMPAGNE 11

"Le score de François Bayrou ne doit pas faire illusion..."

1. Autocongratulation


"Il faut toujours dire du bien de soi-même, car cela finit par se répandre, et personne ne se souvient de qui a commencé..." C’est un homme politique dont je tairai le nom, car il est toujours en activité, qui me confiait, un soir de spleen, cette maxime dont il faisait usage les jours pauvres en vivats populaires.

Ainsi, je ne ferai pas mystère de la satisfaction et même du brin de fierté que je ressens à m’être révélé, ici même, comme un pronostiqueur plutôt perspicace des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. L’ordre d’arrivée était là, avec l’annonce de l’élimination de Bayrou et de Le Pen. Les différences chiffrées des performances annoncées des deux qualifiés se situent en deçà d’une fourchette de 2 %, alors que les instituts de sondage se donnent une marge d’erreur de 3 %. Fort bien, objectera-t-on, mais il n’y a pas grand mérite à suivre, grosso modo, les pronostics des principaux organismes d’études d’opinion ! Certes, mais l’air du temps était, rappelons-le, à prendre les sondages avec de très longues pincettes en raison de leur « plantage » majeur du 21 avril 2002. Les éditorialistes, les analystes patentés des médias ne se sont pas risqués, cette fois-ci, à annoncer la finale avant les résultats des préliminaires. Plus que les chiffres publiés dans la presse au cours des dernières semaines, c’est ma méthode rustico-empirique qui a forgé, au bout du compte, ma conviction. Voire ici, un lepeniste honteux, clamer que, cette fois-ci ce serait Sarko, là, un écolo malheureux délaissant Voynet pour Ségolène pour « voter utile », ou encore un prof rancunier votant Bayrou pour punir Ségo de ses propos sur « les 35 heures des enseignants au collège », tout cela se rencontre à l’échelle d’un village si l’on sait entendre et voir...


2. Et maintenant ?


On sentait un profond soulagement, dans l’establishment politico-médiatique présent sur les écrans le 22 avril après la révélation des résultats : la baudruche Le Pen s’était sérieusement dégonflée (merci qui ?), les Français avaient voté en masse, la curiosité française d’une extrême gauche au-delà des 10 % s’était fracassée sur le traumatisme du 21 avril 2002.

Tout cela est fort réjouissant, même si l’on peut encore s’étonner qu’un jeune facteur trotskiste obtienne près d’un million et demi de voix dans un pays prospère et civilisé comme la France.

La vertigineuse dégringolade du Parti communiste français dans l'infinitésimal électoral marque la fin d’une longue histoire, qui a marqué la vie de nombreux Français, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur, quand ce parti se faisait l’intégrateur dans la société industrielle d’une classe ouvrière arrachée aux champs des provinces et des pays voisins. Pour le pire lorsqu’il était en France, le héraut du totalitarisme stalinien et le négationniste du Goulag. Le défunt Georges Marchais porte la lourde responsabilité d’avoir initié l’inexorable déclin du PCF en ne choisissant pas de jeter la vieille doctrine aux orties, à l’instar des camarades italiens devenus de paisibles sociaux-démocrates.

Toujours est-il que le retour à la normalité qui rassure, le bon vieil affrontement droite-gauche de second tour est le signe que les électeurs veulent que les choses rentrent dans l’ordre, que ce n’est pas le moment de se lancer dans des expérimentations politiques hasardeuses.

Le score de François Bayrou ne doit pas faire illusion : il est à la politique ce que les fiduciaires sont à la finance : un havre provisoire pour des fonds en attente de nouvelles affectations. La gauche réticente à Ségolène Royal s’est réfugiée chez le Béarnais le temps d’un tour, et la droite anti-sarkozyste, notamment les restes du chiraquisme finissant ont fait de même. Ils reviendront au bercail, en maugréant certes, mais ils reviendront.

François Bayrou est désormais affublé du sobriquet de « centriste fou ». Ivre des sept millions de suffrages qu’il croit avoir suscité par son seul verbe, seul contre tous, il croit être le deus ex machina de la période qui s’ouvre. Ses plus proches amis le lâchent pour voter Sarkozy, même ceux qui ne dépendent pas des voix de l’UMP pour garder leur siège de député, comme le parlementaire européen Jean-Louis Bourlanges.

Le cavalier Bayrou sonne la charge, sabre au clair pour faire obstacle à l’horrible Sarko. Mais derrière lui, les preux, les uns après les autres, tournent bride, préférant le confort modeste d’un strapontin à droite à une mort glorieuse dans une lutte perdue d’avance.


3. Entre deux


Les campagnes de deuxième tour ont ceci de commun qu’elles déchaînent passions, polémiques, coups bas, invectives, rumeurs dans une ambiance d’agitation fiévreuse à donner le tournis à certains, la nausée à d'autres. Mais qu’on le sache : dès dimanche 6 mai à 20 heures tout cela sera oublié. On ne retiendra que le moment, la phrase, la manœuvre qui aura assuré la victoire du nouvel occupant de l’Élysée. Qui se souvient aujourd’hui des ultimes tentatives, en juin 1997, de l’UMP cherchant à rattraper un premier tour catastrophique en substituant Philippe Seguin à Alain Juppé ?

Comme il faut bien amuser la galerie, on organise des débats, comme la comique rencontre Bayrou-Royal dans un grand hôtel parisien. Le débat télévisé traditionnel entre les deux finalistes ne devrait rien changer au résultat final, à moins d’une énorme boulette de l’un(e) ou l’autre. La France pense déjà à autre chose. La preuve : près de 90 % des électeurs ont déjà fait leur choix.

Je retiens mes pronostics jusqu’à vendredi prochain.


Par Luc RosenzweigDernière modification 30/04/2007 19:42
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