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L’organe de la lecture

"Je ne lis qu’au petit coin, c’est l’endroit où les mots me dérangent le moins. Je peux même avancer qu’ils m’aident."

Editeur: Fred Romano

Fred Romano est écrivain, et vit aux Baléares.
 

Je ne lis qu’au petit coin, c’est l’endroit où les mots me dérangent le moins. Je peux même avancer qu’ils m’aident. En effet, j’ai déjà lu maintes fois les trois ouvrages qui composent ma bibliothèque, « Une aide-soignante dans le Grand Nord » d’Anne-Sylvestre Bachy, « Les infinis développements du moteur à réaction triphasée », de Philippe Michot, et enfin « Contaminations » de Fred Romano. Ils n’ont heureusement plus rien à m’apprendre. Par conséquent, ces livres ont développé un aspect utile, au-delà de leur vocation première, purement suggestive et, de ce fait, marquée au coin de l’ambiguïté. Ils ne remplissent plus donc qu’une espèce de fonction mnémotechnique, indispensable étape dans le cours de mon – difficultueux — transit intestinal. Durant ses plus fructifères transes, je mémorise des lignes ou des passages entiers, voire, selon le délai de déchargement, des chapitres. Les jours où en revanche les choses se tassent, je relis ces passages, parfois à voix haute. La sensation de détente qui m’envahit alors est-elle due à la bienheureuse somnolence accompagnant tout acte routinier, ou encore (et c’est là ma théorie personnelle) à une authentique mémoire sensorielle de mes tripes, qui en l’occurrence réagissent à cette lecture qui ne m’émeut plus, et se contractent, comme en souvenir ? Je n’ai jamais réussi à le déterminer avec certitude, et de surcroît je ne cherche pas à le faire, me contentant d’admettre avec placidité et reconnaissance ce miracle transfigurant mes matinées. Cependant, l’idée de la dichotomie tripes-sensibilité intellectuelle me séduit infiniment, elle exprime jusqu’au vertige la sensation que j’éprouve alors, car je peux sentir l’instant précis où un mot dénoue, par un procédé mystérieux, un boyau où s’était accumulée toute la retenue. La lecture, dans ses plus dignes habits, travaille mon corps, car mon esprit est absent depuis si longtemps.



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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "… Il n’était ni l’un ni l’autre, Alain Robbe-Grillet, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Rien qu’un écrivain, tout simplement. Et un écrivain qui, précisément, s’en est pris d’entrée à l’increvable pathos romantique selon lequel l’acte d’écrire relèverait d’une nécessité absolue. La posture oraculaire du dieu tonnant ses vérités n’a jamais été la sienne. « Moi, en tout cas, déclarait-il en 2001, je peux vivre sans écrire ». « Pas sans vin rouge », ajoutait-il. Logique que la veille de sa mort, la première chose qu’il ait réclamée : une bouteille de bordeaux."
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Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
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