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David Piotrowski, L’hypertextualité ou la pratique formelle du sens


David Piotrowski : L’hypertextualité ou la pratique formelle du sens, Paris : Honoré Champion, 2004.


    L’ouvrage de Piotrowski prend le parti d’approcher l’hypertextualité sous l’angle d’une problématique sémio-linguistique. L’auteur décrit les hypertextes du point de vue de leur forme matérielle et des processus sémantiques qui y sont appariés. Circonscrire les dispositifs et pratiques empiriques de l’hypertexte et distinguer l’hypertexte des autres formes de l’écrit, tel est l’objectif de l’auteur. Il met au jour les structures abstraites et sémantiques de l’hypertextualité en tenant compte de la nature électronique du substrat. L’hypertexte est une organisation fonctionnelle dépendante du dispositif dans laquelle elle s’incarne. C’est sur cette première voie que l’autre conduit son investigation. La deuxième voie d’investigation à laquelle il s’intéresse est de rendre compte des pratiques hypertextuelles de lecture comme modalités spécifiques de production de sens. Piotrowski conçoit l’hypertexte du point de vue de son organisation interne (les liens et les nœuds) et de son organisation externe (les points d’ancrage et la navigation). Il consiste en un dispositif informatique, proprement matériel concernant le substrat) qui se caractérise au croisement de trois points de vue à savoir dynamique (interaction usager/dispositif, interface et parcours non linéaires), le point de vue structurel (sur les formes internes et statiques, réseau et organisation non linéaire) et le point de vue contenu qui s’intéressent au fait que les nœuds subsument des données de différents types (informations, textes, images). Au plan du dispositif informatique, technologique, les données hypertextualisées relèvent d’une sémantique structurale et opératoire alors qu’au plan externe, « c’est-à-dire au plan des formes d’interactions avec le lecteur, les données établissent leur sens à travers des pratiques de lecture et d’interprétation. » (p. 26). Une connexité est donc établie entre le croisement de ces deux dimensions : l’une interne et systémique et l’autre externe et interprétative. Ce qui distingue avant tout l’hypertexte du texte c’est que « la dimension linéaire du livre est prépondérante au sens où les carrefours de lecture sont en nombre limité et mettent en balance une solution de continuité (déroulement du texte linéaire) ou de rupture (engagement vers des considérations complémentaires ou annexes). Dans un hypertexte, en revanche, le réseau des éléments textuels ne comporte pas de branche qui pourrait être vue comme l’artère principale qu’emprunteraient logiquement les différentes lectures : la composante linéaire est réduite et les bifurcations, plus nombreuses, ne sont pas ordonnées. » (p. 48). Non seulement les modalités d’intégration des éléments du groupe diffèrent de celles de leurs pendants en version imprimée, mais, en outre, l’inscription du symbole écrit du texte imprimé est une empreinte encrée alors que celle du texte électronique est constituée d’une empreinte magnétique ou optique.

    Ces distinctions simples établies par Piotrowski, directeur de recherche au CNRS, caractérisent et formalisent l’hypertexte, en plus d’expliquer le développement du rapport entre le support de l’écrit et la matérialité des supports entre le volumen et l’hypertexte. Il explique notamment que le contexte de naissance de l’écriture procède d’une conjoncture technico-culturelle : la sédentarisation, la maîtrise de l’environnement, progrès des techniques et accroissements de richesses (p. 62). L’ouvrage du chercheur fonde son analyse sur l’historicité des phénomènes d’organisation textuelle (il dégage six principales étapes de la textualité p. 92) et sur l’apparition de l’écriture. Les étapes de la textualité sont en partie indépendantes des innovations technologiques et sont en fait plutôt appariées à certaines pratiques intellectives. Ainsi, le texte au format électronique « se pourvoit d’une structuration fonctionnelle propre » (p. 97). La partie 2 cherche à identifier les composantes de l’hypertextualité du point de vue des traitements symboliques qui s’y accomplissent. Elle dégage par exemple les trois modules de l’hypertexte : le module enregistrement (Enreg) (structure de stockage des données (nœuds, liens, contenus) le module de la présentation (Prés) (qui administre les configurations d’écran) et celui de la consultation (Consult) alors que la partie 3 détermine les pratiques sémantiques relatives à chaque composante et examine les logiques de leurs interactions.

 

 

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