"Le Pénisator" 6
"Bref, cette première utilisation du T-2000 n’étant pas forcément la plus réussie, Rosario est profondément déprimé. Qui a besoin d’une machine pour ne pas être capable de bander se demande-t-il alors."
Editeur: Max Paitch
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Bref, cette première utilisation du T-2000 n’étant pas forcément la plus réussie, Rosario est profondément déprimé. Qui a besoin d’une machine pour ne pas être capable de bander se demande-t-il alors. Ce qu’il ne sait pas, mais que nous savons, vous et moi (ou que vous allez apprendre dans quelques instants), c’est que la marche inéluctable du progrès est aussi mémorable que le glissement d’un hamburger dans l’œsophage. Que ferions-nous sans elle à part la porno ? Je vous le demande cher lecteur que je sens sceptique à toute cette montée irrésistible de la technologie grâce à laquelle un homme, émasculé par le complexe médico-industriel, peut retrouver sa dignité moyennant une légère connaissance informatique, une connexion haut débit, un nouveau système d’exploitation, quelques updates mensuels tout à fait abordables et une lecture attentive des 1073 pages bien serrées du manuel d’instruction dont les deux cents dernières pages ont été traduites par Guan dans sa belle province de Sichuan. Je vous le demande car imaginez ce qu’aurait souffert Rosario s’il avait eu la malchance de naître quelques siècles, que dis-je, quelques années auparavant ? Par quelle étrange concoction de bois, de levis et de vis aurait-il vu son pénis être remplacé et ce, sans même le moindre joint d’étanchéité (breveté) ? Jamais n’aurait-il pu, comme il le fera dans quelques lignes, téléphoner au service technique et parler à un technicien hautement qualifié suant devant un ordinateur dans une petite pièce avec trois cent quatre-vingt-quatre autres représentants quelque part entre Islamabad et Karachi. Non, je vous le dis bien franchement, du haut de ma chaise bancale assemblée à Bamako grâce à des designs néerlandais et envoyée par bateau sri-lankais à l’équipage philippin dans un container avec 734 autres chaises et 633 lecteurs DVD Bang et Olufsen réservés au marché turc et 245 sacs de céréales organiques de chez Monsanto (organiques ? Monsanto ?) et 586 kilos de TNT destinés à faire exploser la plus grande station de métro de Houston (qui n’en a pas) et deux passagers clandestins qui se sont trompés de container et qui n’en ont plus pour longtemps, non vous dis-je du haut de cette même chaise écrivant ce texte, assis à ma table faite de bois paraguayen coupé par des indiens chicas, assemblée à San Juan (Porto Rico) et vendu à un prix extraordinaire par le vendeur marocain qui m’appelle son frère, la technologie nous permet de vivre dans un monde fantastique, un village global aurait dit truc, et n’est-ce pas extraordinaire, je vous le demande surtout si vous avez déjà habité un village et connaissez toute la panoplie de son ouverture sur le monde, de sa tolérance envers la différence, de son plaisir à intégrer des étrangers, de son absence totale de mesquinerie, de son dégoût des ragots et mourez d’impatience que cette culture soit, enfin, étendue à toute la planète. C’est vrai, la technologie a parfois des ratés mais c’est un bien petit prix à payer, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ne dit jamais la poule mais le fermier.
Bon, où en étais-je, je digresse, je digresse et personne ne m’arrête. Ah oui, à Rosario et à sa première mauvaise expérience. Bon, donc ça n’a pas bien marché, il est déprimé, la fille l’a quitté et l’autre là dans le placard est toujours là (de moins en moins cependant). Que fait alors Rosario ? Eh bien, il peut lire le manuel d’instruction ou téléphoner au numéro sans frais et rester en attente à écouter plusieurs versions orchestrales des jeunes chanteuses pop de l’heure (ce qui n’est pas rien). Il décide donc de rester en attente, l’inertie étant la plus universelle des lois universelles de l’univers global qui englobe tout et parfois plus. Il est donc au téléphone. Devant lui, cher lecteur, je vous peins la scène rapidement (OK, très rapidement), le T-2000 est posé sur son socle de rechargement et l’afficheur numérique à sa base clignote doucement.
— Oui… bon… Mais vous avouerez que ce n’est pas normal tout ce temps pour télécharger un fichier ! Oui… bon… hum… OK, mais comment je fais là ? Hum… Quoi ? Oui, erreur système 17b. Hum… Ah bon ? C’est malin ça ! Vous les testez pas vos trucs avant de les envoyer ? Non ? Oui, bon, oui, oui je comprends, hum… Le quoi ?… ahh… oui, je le vois… hum… je clique ? Deux fois ?…. bon… et là ? OK… Ça se télécharge… Où ? Ah… Dans la disquette hein ?… bon... oui. OK, voilà.
Il tire la disquette de son ordinateur. La fait pénétrer dans la fente du socle de rechargement.
— Oui, bon, vous êtes sûr ? OK, parce que je ne veux pas qui m’arrive le même genre de truc là. OK. Bon. Merci, non, non, c’est tout.
*
Nous voici quelques heures plus tard. Rosario est devant son miroir, en train de s’habiller. Il est élégant, bien peigné, ses vêtements sont de très bon goût, ils permettent d’apprécier, sans exagération (ce qui est rare dans ce texte), son corps musclé. À la hauteur de son sexe, tout est complètement plat. Rosario se penche et soulève le T-2000 qui est toujours sur son socle. Il regarde l’afficheur qui indique ‘Chargement maximum complété’, allume le T-2000, le déplie à moitié, l’éteint et le glisse dans son pantalon. Il le place et le déplace pendant quelques instants pour trouver la forme parfaite, se met de profil, de face, de trois quarts, finit par donner au tout la bosse qui lui semble appropriée. Il se regarde satisfait, se passe la main dans les cheveux et sort.
Où ? Ah, bonne question cher lecteur attentif, fasciné par ce texte si finement ciselé. Eh bien, probablement un peu plus loin, quelques rues plus au sud, dans ce quartier fréquenté par de jeunes et jolies et délurées et jolies et juvéniles jeunes femmes et aussi par de jeunes et sympathiques et hip hopés et lents de neurones jeunes hommes révélant à tous (à toutes plutôt) comment ils ont échappé aux escadrons de la mort en se réfugiant pendant des jours dans la forêt humide au milieu d’insectes divers et pendouillants et gluants et dangereux qui ne pensent qu’à établir résidence entre un organe et l’autre mais qui sont en fait nés ici et sont allés à l’école catholique et ont tiré tout cela de Prédateur avec Schwarzeneggeur, fréquentés aussi, ce quartier, par des acheteurs et des revendeurs de jeunes garçons caucasiens prêtés par leurs parents pour une dizaine d’années et qui auront la chance de beaucoup voyager, d’un placard à l’autre, et de rencontrer tant de gens si intéressants et éduqués et amateurs de vin et d’opéra, et fins opérateurs de ces petites caméras qui permettent de filmer toute la lente et longue et silencieuse, car il faut bien serrer le garrot, séance, maintenant disponibles (la séance et le garrot et le jeune caucasien) sur Internet, et aussi par de jeunes couples dans la cinquantaine qui ont lu Deleuze et qui cherchent à rhizomer avec une jeune femme ou deux ou trois ou quatre à peine éduquées et parlant mal français et qui ne peuvent pas se plaindre mais jolies et prêtes à tout et encore plus pour un peu d’argent et peut-être même un livre signé par Gilles lui-même quelques jours avant qu’il ne s’enlève la vie, au grand soulagement de tous ses lecteurs qui n’en pouvaient plus, fréquentés aussi par de nombreux ambassadeurs qui ont le mal du pays et de sa corruption et parfois même par des gens normaux, comme vous et moi, qui se lèvent chaque matin et qui donnent des coups dans le mur pour qu’on arrête de gémir dans le placard d’à côté.
Bref, Rosario est dans ce quartier, il cherche un bar spécifique rempli de jeunes et jolies et jeunes et mignonnes et à peine majeures jeunes et jolies jeunes personnes (et parfois même quelques adultes), où on vend de l’alcool et toutes sortes d’autres choses que l’on achète dans les toilettes et que l’on ingère sans le dire à ses parents mais parfois aux ambulanciers (de quel bar s’agit-il ? entends-je murmurer dans le fond de la salle là où s’assoient mes lecteurs qui viennent d’acheter une bicyclette stationnaire). Après quelques minutes de marche, pendant cette belle soirée de printemps où il fait bon assassiner quelques vieux et quelques chauffeurs de taxi et parfois même un chien ou deux sous les yeux et les mains et les fusils de la police qui prête le tout et parfois même montre comment s’en servir, Rosario trouve enfin ce qu’il cherche : Babar le musclé qui garde la porte du dit-bar et donne l’hépatite B à tous ceux qui le veulent bien et parfois même à ceux qui ne le veulent pas (c’est un quartier très sympa). Rosario fait alors un petit signe à Babar qui le connaît bien à cause de la taille de vous-savez-quoi et qui, voyant encore une fois la bosse proéminente de son pantalon, le laisse entrer le gratifiant même d’une petite tape dans le dos qui fait frissonner Rosario (à cause de l’hépatite).
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C’est pas vrai ! Ils ont décidé d’aller chez elle ! Bon allez, un petit effort : C’est un appartement avec des murs, un plafond, un plancher, une table, une cuisine, une salle de bain, une chambre à coucher et… qu’est-ce que j’oublie ? Ah oui, des fenêtres, des angles et une ou deux portes. Voilà. Ça va ? Vous arrivez à visualiser le tout ? Si vous voulez de meilleures descriptions, relisez Baudelaire, ceci est un texte d’action bien de son temps où chaque mot joue un rôle fondamental dans la dynamique (époustouflante) de l’histoire et je ne vais certainement pas perdre mon temps à digresser quand l’histoire m’appelle sans cesse. Bref, la fille et Rosario sont maintenant couchés sur le lit en train de s’embrasser, de se caresser et de s’échanger des fluides sécrétés par la glande parotide. Tout est très actif et ni vous, ni moi, ni elle, ni lui, ni même Alphonse au 17b ne doutent de la suite des événements (enfin Alphonse c’est parce qu’il regarde la télé, mais s’il savait il ne douterait pas) surtout lorsque vous remarquez, Ô cher lecteur qui m’est si cher et qui devrait remplir le petit coupon pour choisir le meilleur livre que l’on vous a donné à l’entrée et y inscrire mon nom et ignorer l’appel de sirènes de chez Gallimard qui, ne l’oubliez pas, a quand même publié Dantec, combien dynamique et déterminé est Rosario. Il caresse la fille avec passion, lui déchire presque son soutien-gorge, lui embrasse le cou, la soulève jusqu’au lit, lui tire sa jupe et son string et dit :
— À mon tour ! Mais attention, je te préviens ça va te choquer !
— Mais non, qu’est-ce que tu crois, j’en ai vu d’autres !
Rosario est à genoux sur le lit, il baisse son pantalon. Nous voyons le visage de la fille : sur celui-ci passent en quelques instants de nombreuses émotions : surprise, dégoût, peur puis questionnement. Rosario ne bouge pas mais murmure.
— Ça a l’air étrange comme ça, mais crois-moi ça va t’empêcher de t’ennuyer !
Un petit sourire malicieux se dessine sur le visage de la fille.
— huuummm….
Elle le tire à lui et éteint la lumière en même temps.
Nous les entendons faire l’amour et cette fois-ci tout semble bien se passer (la chambre est plongée dans une lumière bleue, la même que précédemment mais moins réussie, le DP nous a quittés). À la fin, après de bons (à l’opposé de mauvais évidemment) cris de jouissance, on (vous et moi, et voulez-vous remplir ce coupon) entend un soupire de plaisir de la fille alors que Rosario pousse un dernier grognement. Il est toujours sur elle, épuisé, la tête contre son épaule, le T-2000 luisant et légèrement illuminé (c’est pour montrer que le cycle a atteint sa fin) qui pulse doucement en elle. Elle lui caresse les cheveux.
— (la fille) : hum… c’est génial ce truc et comment ça s’appelle ?
— le T-2000
— Pas mal du tout. Et en plus ça s’épuise pas, génial, je le sens encore tout dure en moi… hummm… et cette rotation qui continue, c’est comme un orgasme qui veut plus s’arrêter.
— Oui.
Il reste ainsi quelques instants (Rosario, pas le T-2000, enfin oui, le T-2000 aussi mais vous m’avez compris). La fille a fermé les yeux et semble nager en pleine extase comme un baigneur qui fait la planche en méditerranée et c’est la nappe de pétrole qui donne cette impression de chaleur. Puis elle ouvre les yeux et fronce les sourcils.
— Hé, ça commence à faire mal ton truc là, arrête-le.
— Oui, oui, désolé, attends.
Rosario porte la main à son entrejambe, il appuie sur quelque chose. Rien. Le bruit du T-2000 se fait toujours entendre. Il appuie encore. Puis une fois encore. Une quatrième fois avec force.
— Qu'est-ce que ?… putain de merde de bordel de cul.
— (la fille) : Dis tu te dépêches, parce que ça commence à faire mal là.
— Oui, oui.
Il essaye de nouveau, toujours rien.
— (la fille qui commence à paniquer) : Allez bordel, ça fait maaal.
Rosario n’y arrive toujours pas, finalement à court de solution, on le voit qui tente de dévisser son T-2000.
— (la fille) : Non, non, pas comme ça, arrête, ça fait mal !!
Rosario, désespéré, tire sur son T-2000 sans le dévisser. Il tire et tire et tire et c’est la maison en brique des trois petits cochons. On (elle, lui, vous, moi et Alphonse qui n’a rien compris et s’est endormi devant la télé et rêve d’une émission) entend un immense crac. Le T-2000 s’est finalement arrêté. Rosario, déprimé, peut le retirer, lentement. Puis il s’assoit sur le coin du lit, regarde son T-2000 dont la base est cassée. Il a la tête baissée et l’entrejambe vidé.
— (la fille) : C’est quoi cette merde ! T’es un putain de sado maso ou quoi ? Ça m’a fait drôlement mal ton truc !
— Mais j’y suis pour rien.
— Ah oui ? Moi, je suis sûr que c’est un de tes fantasmes de petite merde qui s’excite en faisant souffrir les femmes. Allez casse-toi, tu me dégoûtes. Casse-toi j’te dis ou j’appelle la police
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Nous voici donc quelques jours plus tard et je suis obligé de faire des sauts dans le temps parce que sinon on n’y arrivera jamais et de toute façon vous avez comment c’est (les jours), des juifs qui assassinent des palestiniens qui assassinent des juifs qui assassinent d’autres palestiniens qui assassinent alors d’autres autresjuifs et les bombes sur les hôpitaux et les femmes qui pleurent devant les caméras et la couche d’ozone qui n’ozonent plus et les baleines qui s’échouent sur les plages et les poumons et la rate et l’intestin de la terre et les troupes de choc d’Hitler et l’uranium enrichi perdu en hiver et le chômage et l’œsophage et les anthropophages et parfois un ou deux avions qui tombent du ciel. Bref, la routine quoi et je ne vais quand même pas tout vous répéter, vous n’avez qu’à syntoniser BBC et vous tapez les nouvelles de la Reine et du prince et du domestique qui couche avec le Butler qui a vu la princesse et son amant quelques minutes avant qu’ils ne s’enfoncent dans un mur dans un tunnel dans l’au-delà et c’est la CIA qui a tout comploté comme quoi ce n’est pas parce qu’on a l’information continue qu’on a l’information continue. Vous me suivez ? Non, eh bien vous pouvez allez rejoindre Alphonse qui dort toujours dans le 17b.
Bon, c’est bien joli tout ça, mais retournons à notre Rosario qui est toujours immobilisé, lui, dans le ‘quelques jours plus tard’ et ne peut rien faire sans que je me remette à écrire. Bref (comme je dis tout le temps), nous retrouvons Rosario, quelques jours plus tard, bien sûr, dans un magasin d’électroniques. Qu’est-ce qu’un magasin d’électroniques vient faire dans cette histoire extraordinaire me demandez-vous ? Ah mais ce n’est pas un magasin d’électronique normal avec ses vendeurs trop jeunes pour qui l’univers est une résolution de pixels et le soleil un algorithme et Mireille une URL et qui connaissent mieux le code informatique que le code humain et qui peut les en blâmer, libres enfants au cerveau fondu de Summerhill, non ce n’est pas un magasin de ce genre, grande surface pleine de vide même s’il est rempli. Non, cher lecteur qui fréquentait peut-être ces magasins, il s’agit ici, en fait, du magasin central de General Limbs, rien de moins ! Ceci est un texte haut de gamme et je ne ménage rien pour vous en donner plein la vue il m’a été très difficile d’obtenir l’autorisation de vous y emmener et ne me remerciez pas mais veuillez remplir le coupon.
Donc Rosario est dans le magasin car il a besoin de faire réparer ou échanger son T-2000 qui fonctionne aussi bien qu’une aide internationale ainsi que vous vous en êtes rendu compte, cher lecteur, en lisant avec grand bonheur les pages précédentes de ce merveilleux texte qui ferait un excellent et ô combien touchant cadeau de Noël de Hanoukka de Ramadan, ne vous gênez pas achetez-en pour tous et toutes, et je vous enverrai même une photo signée si vous insistez et me donnez le numéro de téléphone de votre sœur qui pose pour le calendrier d’Aubade.
Mais revenons à notre mouton. Le magasin est immense, on s’en doute puisque General Limbs est une multinationale aux tentacules tentaculaires qui est présente internationalement dans plusieurs pays mondiaux et ce, globalement tout autour de la planète. Et puisque General Limbs se spécialise en tout et le vend à un prix moindre, les étagères, vous vous en doutez, sont remplies de ce même tout et plus encore et tout à un prix totalement dérisoire en particulier pour les fournisseurs et leurs employées qu’on a extirpés de la maternelle. Bref, partout, tout autour, il y a tout mais surtout, dans le cas qui nous intéresse, des prothèses, des orthèses et des implants divers. Rosario se promène donc, évidemment, dans cette section du magasin. Il va d’une étagère à l’autre et observe avec curiosité des dents, des crânes, des hanches, des orifices (des orifices ?), des cavités abdominales (des cavités ?), des os iliaques, des sacrums, des tympans, des trompes d’eustache, et toutes sortes d’autres choses aussi sympathiques. Évidemment, c’est l’allée des implants mammaires qui attire d’abord et surtout son attention car là, devant lui, s’étale des centaines de styles de seins différents, c’est une vraie confiserie et le rêve de tout homme. C’est d’ailleurs ce à quoi il pense, petit malin, un goût de caramel mou dans la bouche. Le voici donc qui, intrigué par une paire de seins signée Claudia Schiffer, s’en approche, touche le mamelon du bout du doigt, le sent, pose très délicatement sa langue dessus, et finalement la bouche en entier, un goût chimique de plastique sec dans la gorge, c’est, il est vrai, un peu dégoûtant et probablement cancérigène, mais combien de fois avez-vous la chance de goûter les seins de Claudia Schiffer même s’ils sont en plastique je vous le demande ?
— Hé ! Faut pas se gêner quoi ! Imaginez si tout le monde fait ça !
S’écrie alors Mathilde que vous avez peut-être reconnue, cher lecteur attentif, car c’est elle qui a été enfermée dans les toilettes par Babar l’autre soir et qui n’en est sortie que beaucoup plus tard quand l’équipe de nettoyage lui a enfin ouvert la porte vers 11 heures du matin et il a fallu qu’elle se rende directement à l’hôpital, au moment même où on y évacuait les bouts de Jimmy qui avait quand même eu le temps d’avoir la diarrhée avant d’exploser, où on lui a cousu (à Mathilde, Jimmy n’en avait plus vraiment besoin) ce qu’il y avait à coudre et donné des médicaments si toxiques qu’elle ne peut même pas aller à la selle dans des toilettes publiques car il faut un filtre spécial (au bol de toilettes, qu’alliez-vous penser là). Bref, elle n’est pas d’humeur aurait dit Mme Lafontaine qui habite quelques maisons plus bas et que vous ne connaissez pas et qui promène son gros chien blanc, aussi vieux qu’elle, tous les matins comme ça, clopin-clopant, les deux pleins d’arthrite et qui n’arrête pas de marmonner (Mme Lafontaine, pas le chien) qu’elle n’est pas d’humeur, qu’elle n’est pas d’humeur et je sens que cela ne vous intéresse pas particulièrement et que nous pouvons retourner à l’histoire principale.
Bref, Mathilde s’est écriée ce qui est marqué plus haut et Rosario, ayant été, malgré tout, bien éduqué, se retourne. Que voit-il alors ? Hein, que voit-il ? Je vous le demande (enfin, c’est plutôt vous qui me le demandez) ? Eh bien Mathilde bien sûr (qui d’autre ?) qui n’est toujours pas d’humeur et qui s’approche de lui en marchant étrangement car quelque chose à l’air de lui faire mal, de l’autre côté, là où Babar a laissé des marques, et lui arrache l’implant des mains et le repose avec force sur l’étagère.
— C’est chez les putes qu’il faut aller si vous êtes en manque ! Ou au sex-shop du coin.
(ou chez Babar, aurait-elle pu ajouter mais bon, ce n’est pas le moment).
Rosario rougit et s’éloigne.
Il se promène maintenant dans les allées à la recherche de ce pour quoi il se promène dans les allées. Par hasard, il tombe sur l’allée (ça fait pas mal d’allées tout ça) des T-2000, où là, sous verre et sous verrou, il voit alignés devant lui des dizaines de T-2000 différents, aussi beaux et reluisants et étonnants que de merveilleuses autos neuves alignées, elles aussi, dans une salle de démonstration et comme il est étrange que je fasse cette comparaison. Devant tant de beauté et de technologie et de chrome et de stainless steel et de joints d’étanchéité (brevetés), Rosario ne peut s’empêcher de répéter, comme c’est beau, comme c’est beau, comme c’est beau, comme c’est beau, comme c’est beau, comme c’est beau, son cerveau s’étant embourbé dans une boucle neuronale dont il n’arrive pas à sortir.
Allons donc à la ligne et faisons comme si de rien n’était et retournons Rosario dans son cerveau.
Voilà. Donc, après plusieurs minutes de longues recherches dans le magasin pour chercher ce qu’il recherche puisqu’il y est (à la recherche) et attention je sens une autre boucle neuronale qui se pointe, il finit par trouver ce qu’il cherche et qui l’intéresse (et on aurait pu y arriver tout de suite si je n’étais pas aussi plaisantin) : un panneau sur lequel est écrit : « Réparations ».
Il s’avance, le cœur rempli d’espoir tentant de ne pas répéter comme c’est beau dans son cerveau sinon on va être obligé de changer de chapitre. Au bout de quelques minutes, il finit par se retrouver devant un immense comptoir très Hi-Tech derrière lequel de très nombreux employés se hâtent, tous vêtus de sarraus blancs, portant des gants et des masques de chirurgiens. Derrière eux, la salle de réparation ressemble à une salle d’opération avec bonbonnes, moniteurs, civières, et tout et tout.
— Bonjour
— Bonjour Monsieur. Comment puis-je vous aider ?
— Euh, c’est à propos de mon T-2000.
— Ah !
— Euh oui.
— Hum.
— Quoi ?
— Hum ! Le T-2000 hein ?
— Oui.
— Bien. Je vois. Asseyez-vous, je suis à vous dans quelques minutes.
Rosario, intrigué et inquiet, s’assoit sur un petit banc au fond de la salle. L’homme qui lui a répondu sort alors par une porte à l’arrière du comptoir. Rosario est seul dans la salle, entouré de très nombreuses caméras vidéo qui ont été testées lors d’une des guerres du Golfe, la quatrième ou cinquième, je ne me souviens plus. De temps en temps, il voit l’homme entrer et sortir par la porte à l’arrière du comptoir et le regarder avec sévérité. De temps en temps, un autre homme l’accompagne et les deux pointent en direction de Rosario, échangeant quelques mots avant de disparaître.
Rosario est inquiet. Il ne sait pas où regarder ni quoi faire et il doit éviter de penser à comme c’est beau. Un peu par désarroi, il jette alors un coup d’œil dans son sac à dos pour voir si son T-2000 y est bien. Mais alors qu’il fouille, il entend un petit bruit qui vient du plafond. Il se retourne rapidement. Regarde la caméra. Il croit avoir vu bouger la lentille mais n’en est pas certain (oui, elle a bougé, mais je ne vous dirai pas pourquoi). Rosario referme son sac et attend.
Après quelques instants, une très jolie jeune femme s’avance vers lui (avec sarrau, masques et gants).
Elle ne retire pas son masque pour lui parler. Elle est agressive même si elle ne connaît pas Babar et ne se fait jamais (ou très rarement) enfermée dans les toilettes. Elle marche normalement cependant car il n’y a rien à cicatriser dans son cas.
— Vous êtes celui qui est venu au sujet du T-2000 ?
— Oui.
— Vous l’avez sur vous ?
Elle se penche vers son sexe.
— (surpris avec un mouvement de recul) : Non, avec moi.
— Ah ! Vous êtes donc actuellement non-implanté ?
— Pardon ?
— Non-implanté ! Sans implant ! Il n’y a rien dans votre froc quoi !
— …
— Veuillez déposer votre T-2000 dans ce sac. (Elle lui tend un sac en plastique). Bon dieu ! Que lui avez-vous fait ?!?
— Eh bien, voyez-vous je n’arrivais pas à l’arrêter alors…
Sans l’écouter, elle disparaît.
Rosario attend. Au bout de quelques instants, la même femme réapparaît, toujours aussi agressive mais marchant toujours aussi normalement car il n’y a toujours rien à cicatriser dans son cas. Cette fois-ci, elle est habillée différemment. Elle porte maintenant un masque qui lui couvre complètement le visage.
— Veuillez me suivre, s’il vous plaît.