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"Le Pénisator" 5

"Ils s’enlacent (pendant que le vent passe dans les rideaux comme d’habitude). Puis, au bout de quelques instants, la fille sursaute et sort du lit énervée : ‘qu’est-ce que ce truc ?’ crie-t-elle."

Editeur: Max Paitch

Max Paitch est né à Berlin il y a de ça quelques années. Abandonné par sa mère à l’âge de six ans, il a été recruté par les milices de l’extrême centre pour lesquelles il a travaillé comme démineur volontaire pendant plusieurs années. À l’âge de 18 ans, il a connu une relation torride avec Vanessa Paradis, qui était encore jolie à cette époque mais qui lui a préféré Johnny Depp, allez savoir pourquoi. Après l’invasion du Koweït par l’Irak, Max Paitch s’est engagé dans l’armée canadienne dont il était une des quatorze nouvelles recrues depuis deux ans. Chargé des services de renseignements (les latrines ? À gauche), il fut racheté par l’armée botswanaise en échange de deux caisses de munitions que l’armée canadienne ne pouvait acheter, faute de moyens. Blessé gravement lors d’une opération suicide dans un centre communautaire pour femmes battues (au Koweït, toujours est-il), il fut rapatrié au Canada, les Botswanais ne voulant plus s’en occuper, où il habite encore aujourd’hui, en faisant tout en son pouvoir pour éviter les provinces maritimes. Anencéphale à ses moments, il s’est lancé dans l’écriture après avoir vu des photos de l’immense maison de Bernard-Henri Lévy qui, il est vrai, n’est pas vraiment un écrivain. Aujourd’hui Max Paitch enseigne la mythologie à de petits psychopathes qui fréquentent l’école publique et que personne n’arrive à distinguer des autres.
 

15

 


Nous voici donc dans l’appartement de Rosario (qui est sorti du bar, avec la fille, sans s’apercevoir que l’escouade anti-émeutes était arrivée rapidement frémissant à l’idée de pouvoir enfin frapper sur des choses vivantes et chaudes et craintives et surtout musulmanes, et que les trois quarts idiotes jeunes filles, qui pleuraient dans le coin, le devenaient beaucoup moins car le videur avait tout avoué). Rosario et la fille sont sur le lit, à moitié nus en train de se caresser. Puis, elle (Mireille ou Charlotte ou Vanessa ou Elle) retire son soutient gorge et son slip, ses seins coulant sur sa peau comme une belle pluie d’automne. Elle est, je dois vous avouer, très, très jolie et je vois que vous êtes soudain plus attentif. Elle regarde Rosario qui est resté en culotte (mesdemoiselles dans le fond, veuillez arrêter de chuchoter). Elle lui fait un petit signe de la tête et l’incite à se mettre nu. Il hésite. Elle ne comprend pas : ‘tu sais, lui dit-elle, ça sera pas la première fois’ et elle se met à rire (ah ! ah !). Elle ajoute ‘mais avec une de cette taille, ça sera tout comme !’ et elle se remet à rire (ah ! ah ! encore). Rosario a perdu de sa belle assurance (parce qu’il s’est arrêté à la page 236 du manuel d’instructions). Il se glisse donc sous les couvertures et y retire son slip. La fille dit : ‘Tiens, tu m’avais pourtant pas l’air du type prude !’ et elle le rejoint au lit. Ils s’enlacent (pendant que le vent passe dans les rideaux comme d’habitude). Puis, au bout de quelques instants, la fille sursaute et sort du lit énervée : ‘qu’est-ce que ce truc ?’ crie-t-elle. Calmement, Rosario lui explique, lui racontant brièvement son histoire (j’abrège ici parce que je ne veux pas vous ennuyer) et lui montre les capacités du T-2000 (le plie, le déplie, le fait tourner sur son joint). ‘ Et en plus, lui dit-il, ce truc-là ne se fatigue pas !!’ (ce qui, évidemment, il faut bien que l’histoire se prolonge, ne s’avérera pas tout à fait exact). Sceptique, la fille le regarde (les regarde, en fait), retourne craintivement, mais aussi intriguée, à ses côtés (à leurs côtés), tire les couvertures, puis éteint la lumière et dit ‘Bah ! Pourquoi pas !!’ et se met à rire.

 

Tout devient sombre. On les voit s’ébattre sur le lit. On n’entend que les voix et ça ne sert à rien de se rapprocher.

 

— La fille (enjouée) : Allez, allez, il est où ton bouton de commande là, hum…

 

— là, ici, regarde, mets ton doigt là.

 

— hum… et qu’est-ce qu’il peut faire d’autre ton machin.

 

— Tout ce que tu veux !!

 

— Super ! Allez, vas-y, allume-le moi ce truc !

 

 

On entend alors le bourdonnement du T-2000. Le son, cette fois, est encore plus fort qu’auparavant (si ça vous fait penser à autre chose, faut me le dire, on retournera dans le placard). Puis, on entend le son aigu du T-2000 en train de se déplier. Rosario et la fille (celle dans son lit pas celle du placard) sont obligés de crier.

 

 

— Ça fait toujours ce bruit-là ?

 

— J’sais pas, oui, je sais pas, faudrait que je demande.

 

 

Puis dans un crissement final qui fait penser à une fraise de dentiste qui frotte lentement contre une dent cariée, le T-2000 finit par se déplier complètement.

 

 

— (la fille) : Ah, ah, pas mal, pas mal du tout ! (le T-2000, pas la fraise du dentiste).

 

 

D’entrée hésitante, puis avec de plus en plus d’enthousiasme, la fille se met à frotter le T-2000, d’abord avec le bout de ses doigts, puis avec une main et finalement avec deux et il y a encore de la place (ce qui n’étonne pas Rosario, il a toujours eu de la place, même avant l’opération, ce n’est pas injuste, c’est la somme totale de la longueur de tous les pénis sur la terre, ce qui n’a aucun rapport avec rien). Les petits malins qui n’ont pas été distraits par l’incroyable déroulement des choses (et les non moins incroyables commentaires de l’auteur), auront souligné que nous ne voyons presque rien puisque la scène est très sombre mais se seront en fait tirés dans le pied car ils n’auront pas remarqué le spot que mon Directeur Photo a installé dans le coin de la chambre et duquel émane une très légère, et oh combien douce, lumière bleue (qui, si vous êtes vraiment attentif, vous fera penser à l’intérieur d’un placard) à laquelle vos yeux vont s’habituer et combien d’écrivains peuvent se permettre un directeur photo, je vous le demande ? Pour revenir à la fille, bien à jour avec la culture sexuelle de ce siècle, la voici qui, après les mains, approche ses lèvres du T-2000. Avec sa langue, la voici qui touche le T-2000, puis, comme celui-ci goûte l’eucalyptus, la voici qui l’enfonce bien rondement dans sa bouche et qui ferme les yeux et ne s’aperçoit pas des deux petites étincelles qui glissent dans l’air car le joint d’étanchéité qui aurait dû être usiné en Chine, avait, en fait, été assemblé à la toute petite main en Thaïlande par un garçon de six ans (évidemment).

 

— (Rosario) : Oui, oui, c’est boonn…

 

Et la femme de continuer, encouragé par les gémissements de Rosario. Cependant, étant aussi bien au fait de la culture sociale de ce siècle, la voici qui se fatigue rapidement et qui se dit que ça suffit le plaisir de l’autre, et le mien alors, et qui se relève et s’allonge sur le dos et tire Rosario sur elle.

 

— (la fille) : Hum…hum..oui. oui. Vas-y, vas-y essaye.

 

— Humpf, humpf…attends, je suis pas habitué.

 

— alleeezz. Ok, je sens que tu y arrives. Hum… c’est bon, hum…oui…suuuuppeer !

 

— Oui, oui, c’est ça, attends, ça va, faut que je prenne le rythme.

 

 

Puis il y arrive. Le rythme est bon : boum, boum boum (évidemment boum, boum, boum, vous vous attendiez à quoi ?). Les deux sont en train de s’y donner à cœur joie, ils y vont avec passion malgré le fort bourdonnement du T-2000 qui, vous vous en doutez, attire l’attention de ces fameux voisins d’à côté et leur donne des idées dont j’aime mieux ne pas vous parler.

 

Puis, au bout de plusieurs, plusieurs longues minutes (ils sont jeunes tous les deux, c’est normal, ne faites pas cette tête-là).

 

 

— (la fille) : Mais, mais, qu’est-ce qui se passe ? Arrête pas putain, arrête pas, j’y étais presque !

 

— C’est pas moi, c’est le truc.

 

— Comment ça le truc ? Mais il est tout petit ! Qu’est-ce que tu lui as fait ?

 

— Mais rien, j’étais là, avec toi, et tout d’un coup il est devenu tout petit.

 

 

Elle allume la lumière (ah ! Enfin !).

 

 

— Montre voir.

 

 

Il tire la couverture. Elle regarde.

 

 

— C’est quoi ce truc qui clignote là ?

 

— Je sais pas, attends, je vais voir… Attends, c’est…oh putain, c’est la batterie !

 

— Quoi la batterie, qu’est-ce qu’elle a la batterie ?

 

— Ben, elle est morte.

 

— Comment ça morte ?

 

— Morte, déchargée quoi.

 

— Tu l’avais pas rechargée ?

 

— Ben non, le modèle était neuf, on m’avait rien dit.

 

— Oh putain…

 

— Bon qu’est-ce qu’on fait ?

 

— Tu la recharges qu’est-ce que tu crois !! Allez, dépêche-toi.

 

 

Rosario se lève, sort de la chambre.

 

 

— la fille (à elle-même) : C’est bien la première fois que j’arrête à cause d’une putain de pile

 

(c’est aussi la première fois que vous lisez une chose pareille, soit dit en passant, et je n’ai aucun mérite, cette fabuleuse créativité qui est mienne est un don du ciel, je n’y suis pour rien et où allez-vous ? restez assis je vous prie, vous irez aux toilettes plus tard).

 

 

Rosario est dans le salon (qui juxtapose le placard matelassé des voisins ainsi que le découvrira la police quelques jours après la fin de cette histoire). On le voit de dos, il est en train de dévisser son T-2000 (on dévisse dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, non, oui, attendez, oh je ne sais plus). Il le tient dans ses mains, regarde partout, cherche quelque chose, ouvre les tiroirs, les armoires, fouille longtemps dans une caisse de carton dans laquelle il y a du styrofoam et du plastique.

 

 

— (la fille) : Tu fais quoi là ?

 

— Rien, rien.

 

 

Au bout de quelques courtes minutes (et oui il y a une différence entre les longues et les courtes minutes, petits malins que vous êtes), il trouve finalement ce qu’il cherche et qu’il tire du fond de la boîte. C’est une petite plate-forme, de style téléphone sans fil. Il la regarde, la dépose sur la table de travail, la branche et y dépose le T-2000. Aaahh ! C’est la plate-forme de rechargement ! Bien sûr ! Fallait y penser (ce que je n’arrête pas de faire). Maintenant, il sourit. Regardez-le, il se calme enfin, ses épaules se détendent.

 

 

— (la fille) : Ça va être long ton truc ? Parce que j’ai pas toute la soirée moi.

 

— Non, non, j’y suis presque.

 

 

Pense-t-il, pauvre âme innocente et pure qui a encore foi en la technologie. Mais ne voici pas qu’au même moment son regard est attiré par le petit écran lumineux, là tout au centre du socle.

 

Puisque nous n’avons pas pensé à bien éclairer le tout, mon directeur photo et moi, et qu’il est peut-être un peu difficile de bien lire à moins qu’on s’approche et vous savez combien cela est mauvais pour les yeux, il ne faut jamais exister trop près de la télévision, je vais vous dire ce qui y est écrit et ce n’est pas la peine de me remercier: ‘Rechargement : Minimum : 48 minutes. Maximum : 433 minutes’.

 

En lisant ceci, Rosario se dit qu’il serait temps de consulter le manuel d’instructions. Le voici donc qui fouille partout, qui ouvre tiroirs et placards, lève papiers et journaux, bouscule illisibles éditions de minuit et finit par trouver son immense manuel d’instructions sous la pile de Monde Diplomatique qui l’angoisse tellement qu’il finit par y croire. Il l’ouvre donc, cherche l’item ‘rechargement’ dans la table des matières, le trouve, parcourt les quelques lignes sur le sujet et finit par y lire : ‘le rechargement minimum offre une autonomie de 12 minutes en mode ralenti’.

 

 

— (La fille) : Alors ?

 

— Quelques minutes encore (pense-t-il). Tu veux quelque chose en attendant ?

 

— T’as du vin ?

 

— Non, juste du whiskey.

 

— Bon alors un whiskey.

 

 

Inquiet car quelque chose le tracasse (et non, ce n’est pas la fille dans le placard puisque je vous ai dit qu’il est insonorisé et matelassé), Rosario laisse le T-2000 se recharger, va dans la salle de bain, s’attache une serviette autour de la taille, marche ensuite jusque dans la cuisine (évidemment, je ne vais pas le faire sauter) et verse deux verres de whiskey. De retour vers la chambre, les verres à la main, il s’arrête devant le T-2000, debout sur son socle de rechargement, car il y voit quelque chose clignoter. Il s’avance, intrigué, et regarde. Sur l’écran lumineux, clignote le message suivant : ‘Impossible de recharger’. Rosario en échappe presque les verres (presque, car comme il les avait déjà déposés sur la table, c’est quand même difficile), s’assoit en catastrophe devant le T-2000, l’agite, appuie sur tous les boutons, s’énerve, s’aperçoit que la serviette est en train de glisser, laissant apparaître son entrejambe rouge et cicatrisée, la rattrape, fait presque tomber le T-2000, le remet en place et voit soudain le message suivant apparaître sur l’écran : ‘Erreur système 17b. Appuyez sur F1 pour plus de détails’. ‘F1, où ça F1?’ s’écrie Rosario imitant ainsi le cri de millions d’hommes et de femmes qui ont tant souffert pendant la révolution informatique. Mais comme Rosario n’est pas totalement démuni, homme (jeune) de son temps (érament), il tourne le T-2000 dans tous les sens pour finalement s’apercevoir que F1 est un petit bouton qui se trouve sous le socle de rechargement ainsi que l’a conçu un ingénieur de Calcutta qui a dessiné le tout alors qu’il pensait sérieusement vendre sa femme, ses enfants, sa mère, encore jeune et avec toutes ses dents et son beau-père qui, de toute façon, est pakistanais, afin de s’acheter une Lexus, elle aussi construite à Calcutta mais détaxée à New York grâce aux intrigues du Fond Monétaire Internationale (ce qui n’a rien à voir avec cette histoire). Énervé, Rosario appuie alors sur F1 mais rien ne se passe (l’ingénieur de Bombay ayant oublié de dessiner le branchement de quelques fils). Il appuie encore et encore et encore, tant et si bien qu’un contact finit par s’établir entre deux fils et autres trucs internes du circuit intégré auquel je ne connais rien de rien. Rosario entend alors un bruit de disque dur, retourne rapidement le T-2000 et lit sur l’écran lumineux : ‘erreur xpe22390899’. Il appuie encore. Et encore. Et encore.

 

— (la fille) : Alors qu’est-ce que tu fais ? Et mon whiskey ?

 

— J’arrive, j’arrive.

 

 

Une fois encore, Rosario fouille dans son livre d’instructions. Il regarde, y cherche quelque chose pour l’aider, consulte l’item ‘Difficultés’ à la page 986, et y trouve plusieurs paragraphes qui ont été traduits dans la province de Sichuan car il ne restait plus d’argent au budget pour finir la traduction correctement.

 

 

Impossible de recharger : Si se message spectacle lui sur l’écran, signifie que votre pile doit être changeait. Quand toujours il agit de votre premier rechargement, sait qu’il manque fichier recharge.exe. Vous le télécharger avec liberté sur site de General Limbs. Com !’

 

 

— C’est pas vrai…

 

 

Désespéré, Rosario soupire lourdement (en bon français). Il baisse la tête, semble se résigner. Il reste ainsi quelques instants.

 

 

— Mais qu’est-ce que tu fais ? T’étais pas en train de recharger ton truc-là ? Et mon whiskey ?

 

 

Il se retourne, la jeune fille est là, habillée maintenant d’un simple t-shirt (qui couvre à peine ce qu’il y a à couvrir ce qui nous aurait tous beaucoup excité s’il n’y avait pas le problème). Elle s’assoit à côté de lui (mouvement qui écarte légèrement le t-shirt et…bon, quand on peut pas, on peut pas).

 

 

— Comme ça sur son socle, ça ressemble à un téléphone.

 

 

Elle prend le T-2000 dans sa main, le colle à son oreille.

 

 

— Godemiché express. Comment puis-je vous aider ? Ah, le tout dernier modèle ? Désolé, mais nous avons des problèmes de rechargement à l’heure actuelle. Puis-je vous conseiller un autre modèle ? Le Black Jack ? Sorti directement de nos ateliers de Ouagadougou.

 

— Arrête merde !

 

— Tiens, j’avais pas remarqué les couilles. Oh la, c’est dans le réaliste ce truc, les quelques poils qui dépassent dans tous les sens et tout. Pas mal, pas mal du tout. Et y a quoi dans les couilles ? Des pommes, des raisins, des billes de roulement ? Le tout baignant dans un jus de foutre, madame, je ne vous dis pas, vous vous en lécherez les babines…hum…

 

— Arrête, j’te dis.

 

— Bon alors, qu’est-ce qui va pas ?

 

— Ça marche pas cette putain de merde de machine.

 

— T’es sûr ? Parce que tout à l’heure ça marchait bien…

 

— Regarde.

 

— Hum… Alors tu peux pas recharger ton truc, c’est ça ?

 

— Ouais.

 

— On va devoir s’arrêter comme ça là ?

 

— …

 

— Non, non, non, ça va pas, tu m’as mis en train toi, je commençais à me plaire sérieusement avec ton truc express là. Faut faire quelque chose.

 

— Quoi ?

 

— Ça t’est déjà arrivé un truc pareil ?

 

— Non, c’est la première fois.

 

— La première fois !?! Je sais pas si c’est un honneur ou une insulte… Alors t’as pas essayé autre chose avec ce truc ?

 

— Autre chose ?

 

— Les choses que font les adultes avertis…

 

— Je sais pas si je peux, l’utilisation de ce truc est très limitée.

 

— Attends, c’est un quoi ton machin ? Ah, un General Limbs, j’ai déjà eu une machine à laver de General Limbs. Elle marchait super bien, jamais eu à changer la courroie ! Jamais dû appeler le mécanicien. C’était pas de la camelote comme ton truc.

 

— C’est pas de la camelote ! C’est le T-2000, le tout dernier modèle, tout le monde l’aime, y paraîtrait même que Schwarzenegger s’en est acheté un et que…

 

— J’pense pas qu’il en ait besoin lui… Bon, allez, assez traîné. Qu’est-ce qu’on fait ?

 

— Bon attends (il soupire).

 

 

Rosario se lève.

 

 

— Tu sais que de dos, t’es pas mal ! De face aussi malgré le…

 

 

Rosario est, encore, dans le salon (c’est un petit appartement, que voulez-vous que je vous dise). Il cherche, encore, quelque chose (c’est une petite fiction, que voulez-vous que je vous dise), soulève bouquins, coussins, magazines et caisses qui traînent un peu partout. Puis il s’écrie : ‘ah ! Voilà !’.

 

Dans ses mains, Rosario tient un ordinateur portable. Il le pose sur la table à côté du T-2000, le déplie, l’allume. Le démarrage prend beaucoup de temps ce qui nous permet un petit dialogue très rapide.

 

 

— T’es branché ?

 

— Oui, j’ai du wi-fi.

 

— Du oui fi ?

 

— C’est l’internet sans fil.

 

— Ah ?

 

(J’ai ajouté ça pour mes lecteurs qui n’ont rien compris de la blague sur le F1)

 

À mesure que l’ordinateur s’allume, la jeune femme se rapproche de Rosario avec tendresse. Elle lui pose une main sur l’épaule et l’autre sur le bras. Elle le regarde avec douceur, lui passe la main dans les cheveux. Quant à lui, il est trop concentré pour remarquer tout cela.

 

 

— Bon, voilà, on est connecté. Attends, fais voir la vitesse…hum…ok c’est bon (je ne vous la donne pas, vous ne comprendriez rien). Alors on a dit generallimbs.com. Okkkkkkk. Voilà, on y est ! Regarde, il y a même l’image du T-3000 sur l’écran. Il sort dans quelques mois, il va être fabuleux !

 

— Il ressemble au truc pour déboucher le cabinet !

 

— Que t’es négative, putain !

 

— Bon allez, laisse faire, trouve ton truc là.

 

— Attends, c’est immense ce site. Attends, attends, hum, automobiles, cuisinière, micro-ondes, scanner, vêtements d’aluminium, mobilier, General Limbs Investments, IPO, …attends, attends…Ah, là ! Regarde : Implants. Ok, on y est.

 

 

Il clique.

 

 

— Oh là, y en des tonnes !

 

— Implants…hum…facial, nasal, musculaire, mammaire, digital, vertébrale, crânien, dentaire, fessier (fessier ?), cuissier, exosquelletif, non, non, non, hum…ah là ! Pénillo-Lombale !

 

— Pénillo-Lombale ? C’est le nom technique ça ? Faut un nom technique pour un truc comme ça ?

 

— Bon, j’y suis, oh putain, encore des listes, bon, attends, FAQ, problèmes de mises en route, problèmes de dépliages, comment nettoyer le T-2000, remplissage du récipient, où réparer mon T-2000, mon T-2000 fait beaucoup de bruit (tiens faudrait que je le regarde celui-là), le T-2000 et ses accessoires

 

— Fais voir celui-là !

 

— Non, on n’est pas là pour ça. Ah voilà ! Téléchargement. Ok, j’y suis presque. Voilà ! Fichier « recharge.exe ». Génial, on y est.

 

 

Il clique. On (vous, moi, elle et lui et peut-être même la fille dans le placard) entend le petit ping que fait l’ordinateur quand il y a un problème.

 

 

— Comment ça quel système d’exploitation ? Je sais pas moi quel système d’exploitation.

 

— Ben t’as windows ou mac ?

 

— Non, pas celui de mon ordi, celui du T-2000.

 

 

Il prend le T-2000 dans ses mains, le tourne dans tous les sens, n’y trouve rien.

 

 

— C’est pas grave, allez clique.

 

— J’essaye mais il veut pas. QUEL SYSTÈME D’EXPLOITATION ? LE DERNIER, PUTAIN !

 

 

La fille est en train de feuilleter le livre.

 

 

— C’est le GL2022. Tape ça.

 

— Attends…Ok, ça marche…Oui, ça se télécharge !! Génial ! Bravo !

 

— Fais voir. C’est quoi ce truc-là ?

 

— C’est le temps pour le téléchargement

 

— Six heures 18 ?

 

— Comment ça six heures 18 ?

 

— T’as du haut débit ?

 

— Ben oui, j’ai du haut débit. Regarde ma vitesse, là. C’est eux putain, c’est leur site de merde !

 

 

Il prend l’ordi et l’agite.

 

 

— SIX HEURES 18 !!!

 

— Bon, t’es bien gentil et tout, mais je commence à me fatiguer un peu, les gens qui s’énervent avec les ordis j’en vois tous les jours au bureau, j’ai pas besoin de me taper ça le soir en plus. Allez, t’es gentil, tu m’appelles un taxi et on se revoit un de ces jours.

 

 

Il soupire, tend la main vers le téléphone, empoigne le T-2000 à la place, s’aperçoit de son erreur, remet le T-2000 avec violence sur le socle.

 

On entend la voix de la fille dans l’autre chambre.

 

 

— Attention, c’est fragile ces machins, ça débande en un rien…

 

 

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