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"Le Pénisator" 4

"Mais regardez-le, bon sang ! Ah misère, quelle tristesse, voyez ces yeux rouges, ce visage marqué par la fatigue et le stress, ces cheveux ébouriffés, cette haleine pestilentielle..."

Editeur: Max Paitch

Max Paitch est né à Berlin il y a de ça quelques années. Abandonné par sa mère à l’âge de six ans, il a été recruté par les milices de l’extrême centre pour lesquelles il a travaillé comme démineur volontaire pendant plusieurs années. À l’âge de 18 ans, il a connu une relation torride avec Vanessa Paradis, qui était encore jolie à cette époque mais qui lui a préféré Johnny Depp, allez savoir pourquoi. Après l’invasion du Koweït par l’Irak, Max Paitch s’est engagé dans l’armée canadienne dont il était une des quatorze nouvelles recrues depuis deux ans. Chargé des services de renseignements (les latrines ? À gauche), il fut racheté par l’armée botswanaise en échange de deux caisses de munitions que l’armée canadienne ne pouvait acheter, faute de moyens. Blessé gravement lors d’une opération suicide dans un centre communautaire pour femmes battues (au Koweït, toujours est-il), il fut rapatrié au Canada, les Botswanais ne voulant plus s’en occuper, où il habite encore aujourd’hui, en faisant tout en son pouvoir pour éviter les provinces maritimes. Anencéphale à ses moments, il s’est lancé dans l’écriture après avoir vu des photos de l’immense maison de Bernard-Henri Lévy qui, il est vrai, n’est pas vraiment un écrivain. Aujourd’hui Max Paitch enseigne la mythologie à de petits psychopathes qui fréquentent l’école publique et que personne n’arrive à distinguer des autres.
 

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Alors là, vous vous en doutez, Rosario, dans son évanouissement (qui arrange bien l’urologue qui peut ainsi appeler l’infirmière et quitter l’hôpital car elle doit aller vendre les testicules qu’elle a arrachés à Rosario et qui seront exportés vers la Belgique puis vers le Congo et enfin vers l’Argentine où ils seront greffés au petit-fils d’un ancien tortionnaire nazi qui, bien que très âgé, continue ses sympathiques expériences et a réussi à convaincre son fils de lui permettre de greffer deux autres testicules aux deux déjà bien portantes de son petit-fils, et saurons-nous un jour si Rosario avait véritablement le cancer ah mais cela est une autre histoire digne d’un film de Stephen Frears à qui je vendrais les droits de ce texte pour une somme tout à fait raisonnable tant et aussi longtemps qu’Audrey Tautou joue le rôle d’une des jeunes femmes nues) se met à faire d’innombrables cauchemars où s’entremêlent testicules, scalpel, fellation, pénétration, chemise bleu poudre et performance économique du Belize en 1997 présentée par Kurt Waldheim en jupette d’écolière (c’est un rêve, ça me permet d’écrire n’importe quoi, comme vous avez pu, je crois, le remarquer). Bref, bien que son corps soit évanoui, son esprit, profondément connecté à son sexe comme c’est le cas chez tous les mâles de cette planète et je ne juge rien je trouve ça très bien puisqu’ainsi nous dominons la société et les femmes et tout le reste, immeubles, fusées, métros, trains, fusils, flèches et missiles intercontinentaux qui viennent de tomber dans les mains de terroristes qui se surprennent à marcher comme des noirs de Brooklyn depuis qu’ils ont trafiqué l’antenne parabolique et réussi à capter Black Entertainment Network et que fait-on, bon dieu qui est grand (oh, quelques centaines de pieds probablement), de ces missiles c’est pas à Téhéran qu’on va avoir des danseuses exotiques et jeunes et nues et occidentales de cette qualité, mais je digresse encore, continue à fonctionner. Il (Rosario pour ceux qui ont de la difficulté à se concentrer) fait donc cauchemar sur cauchemar et rêve qu’il n’a plus de pénis ce qui n’est pas un cauchemar mais sa nouvelle réalité et tant pis pour lui, au moyen-âge on lui aurait aussi enlevé les dents pendant qu’on y était.

 

Mais là, ne voici pas que Rosario ouvre les yeux, son esprit glissant tranquillement vers le réveil alors que Jimmy vient d’évacuer ce qui reste de ses intestins ce que personne ne remarque, ceci étant un hôpital public. Que va-t-il arriver à notre pauvre Rosario ? Va-t-il, une fois encore, se perdre dans les limbes du découragement ? Penser à se suicider ? Se demander s’il pourra jouir ? Si la toilette de l’étage est encore bouchée ? Si les trois cuisinières de la cafétéria n’ont pas, une fois encore, dégelé, regelé puis dégelé la viande du hachis parmentier ?

 

Mais regardez-le, bon sang ! Ah misère, quelle tristesse, voyez ces yeux rouges, ce visage marqué par la fatigue et le stress, ces cheveux ébouriffés, cette haleine pestilentielle (enfin, on ne voit pas l’haleine, mais vous me comprenez). Il est vraiment mal en point notre gentil et doux Rosario, lui qui n’aurait pas fait de mal à une mouche mais ne se serait pas gêné avec une jeune barmaid qui écoute Snoop Doggy Dog. Mais tiens donc, entends-je du fond de la salle, qui est cette jeune personne, assise sur le lit, à ses côtés ? N’est-ce pas une jeune et jolie jeune femme dont les seins pointent et tout et tout ? Tiens, tiens, mais pourquoi est-elle là ? Ce n’est pas une employée de l’hôpital car elle est propre, mince et maquillée. Ce n’est pas une employée de la cafétéria car elle n’est pas originaire de la méditerranée. Ce n’est pas une concierge car elle n’est pas de l’ex-Yougoslavie. Alors d’où vient-elle ? Qui est-elle ? Pourquoi est-elle là ? Que sommes-nous ? Qui sommes-nous ? Où êtes-vous ? Qui que quoi dont où-nous ? Nous allons très bientôt le savoir mes chers amis (enfin vous, parce que moi je sais déjà). Regardez-la. Elle est habillée de façon conservatrice, telle une secrétaire qui tente d’impressionner son patron sans forcément avoir besoin de coucher avec lui, des lunettes légèrement démodées sur le nez. Elle porte un tailleur acheté chez quelqu’un, emballé dans du papier puis dans un sac et payé avec de l’argent (je précise pour ceux qui me reprochent de trop ellipser). De nombreux livres traînent sur ses genoux. Elle sourit avec tendresse et offre à Rosario le même type de regard que l’urologue qui est partie vendre ses testicules au nazi d’Argentine (là où, paraît-il, il en resterait quelques-uns, les autres s’étant réfugiés à Winnipeg où ils font pousser du blé tout blond). Elle semble aussi lui expliquer quelque chose d’assez complexe, illustrant souvent ses propos grâce aux livres.

 

— … en fait, le T-2000 est maintenant considéré comme le modèle par excellence. Dans le milieu de la prothèse pénillo-lombale, le T-2000 est, en quelque sorte, la Ferrari, si je puis m’exprimer ainsi, hi, hi (‘hi, hi’ c’est un petit rire étouffé pour ceux qui n’auraient pas saisi), du remplacement. Certains prothésionnaires nous ont même avoué préférer le T-2000 à la ‘chose’ véritable ! En tout cas, vous remarquerez l’armature en fibre de verre, le recouvrement d’aluminium, matériau comme vous le savez d’une durabilité à toute épreuve, vous saviez que la navette spatiale en est recouverte à presque 80 % ? L’attention ergonomique qui a été apportée au tout, la facilité d’entretien, nous avons, je vous l’ai déjà dit je crois, un service après-vente de toute première qualité, vous pouvez appeler notre service de soutien technique en tout temps, car, comme vous le savez, l’utilisation du T-2000 se fait souvent en dehors des heures de bureau, hi, hi, sans oublier le nouveau système d’opération que nous avons installé, afin de réduire au maximum le nombre de bugs du système, vous ne pouvez pas savoir les problèmes que nous avons eus au début, si vous voyez ce que je veux dire, hi, hi, bref, vous avez eu de la chance, je le dis en toute sincérité, le T-2000 est vraiment un modèle exceptionnel, il est numéro un aux États-Unis et en Corée. On chuchote même qu’Arnold Schwarzenegger en porterait un…

 

Elle se lève, tire un truc énorme d’une boîte en carton qui traîne à côté du lit. Le truc est emballé dans un plastic à bulles, enroulé plusieurs fois dans du ruban adhésif. Elle tire un exacto de sa poche (je minimise les commentaires ici parce que je vous sens obnubilé par le suspense), déballe le tout et tient alors dans ses mains un objet monstrueux qui ressemble vaguement à un pénis. Elle se penche alors au-dessus de Rosario, lui enlève la couverture et retire son pansement.

 

— N’ayez pas peur, je suis habituée, j’ai vu bien pire que vous.

 

Elle lui pose le T-2000 sur l’abdomen.

 

— Vous savez votre docteur a été très gentille, elle a tout de suite installé la dicking station, la plupart des patients attendent jusqu’à deux mois pour se la faire installer. Avec la dicking station, le tout devient un jeu d’enfant, vous ne pouvez pas vous rendre compte des problèmes que l’installation posait à l’époque ! Oh, la, la, souvent nous étions deux ou trois à nous y mettre. Vous ne pouvez pas savoir, il fallait tirer par ici, pousser par là, visser, dévisser, le nombre de vis, je ne vous dis pas, et souvent on les perdait ! Mais aujourd’hui, avec la dicking station, tout s’emboîte parfaitement. Regardez, vous prenez le T-2000 par le bout là, attention de ne pas toucher aux entrées 2 et 4, et hop vous l’insérez ainsi et vous tournez comme ça jusqu’au moment où vous entendez le clic. Allonnnss-y eeett voilà! Le tour est joué !! Pour l’enlever, vous faites la même chose mais dans le sens contraire bien sûr ! Je vous conseille d’ailleurs de l’enlever la nuit, avant de vous coucher, à moins que…bien sûr ! hi, hi, car il est important de laisser le T-2000 sécher. L’humidité normale du corps peut parfois causer un peu de corrosion. Il faut aussi, une fois par semaine, bien examiner la dicking station pour vous assurer de l’étanchéité des joints. On veut, bien sûr, réduire au minimum les risques d’électrocution localisée ! Bon, je dois maintenant vous quitter, j’ai d’autres patients à voir, vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre d’hommes, et de femmes, hi, hi, qui s’intéressent au T-2000. Je fais d’ailleurs une présentation cet après-midi au Hilton pour un groupe électronique d’Asie. Ils sont très intéressés par notre produit ! Bon, je vous laisse le manuel d’instructions, n’hésitez pas à nous appeler !

 

Avant de quitter, elle pose sur le ventre de Rosario un énorme manuel d’instruction. Rosario, hébété, ne sait quoi dire.

 

  

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Comme prévu, la jeune femme a donc quitté la chambre, bougeant doucement ses fesses dans son tailleur quand même sexy il faut l’avouer et si Rosario ne m’inquiétait pas comme il m’inquiète, je crois que nous l’aurions suivie quelques instants, du moins jusque chez elle pour la voir se déshabiller et se glisser dans l’eau chaude du bain qui lui aurait fait pointer les seins et désirer le pain et le vin tout ça avant demain (mais qu’est-ce que je raconte ?). Mais bon, Rosario est tout seul et désespéré et ce n’est pas le moment de l’abandonner (ça rime de plus en plus ce texte). Car voyez-vous, pour une des rares fois de son existence, Rosario est aujourd’hui sans présence féminine à ses côtés ou dans ses côtés ou sur ce que personne n’appelle un côté surtout quand il faut le frotter, sauf sa mère, mais cela est (vraiment !) une autre histoire. Bref Rosario se sent seul et ne sait quoi faire et je dois lui trouver quelque chose rapidement avant que vous ne mettiez le texte de côté. Bon, alors voilà, j’ai trouvé : Rosario, qui est seul, sans femme (ce qui peut être supportable) et sans pénis (ce qui l’est beaucoup moins quoi qu’il existe des carrières pour les sans-pénis, castra, danseur de ballet classique, professeur de pédagogie) pose donc un geste rare que font rarement (puisqu’il est rare) les hommes dont la taille du sexe est exceptionnelle : il soulève le livre qui a été posé sur ses genoux et se met à le lire (et il ne saisit pas la chance qu’il a car il aurait pu tomber sur un livre d’Hervé Guilbert). Il s’aperçoit alors qu’il s’agit du manuel d’instructions du T-2000 que notre gentille jeune femme aux fesses dans le tailleur et qui doit maintenant les montrer aux Coréens du Hilton qui la payeront une somme fabuleuse pour passer la nuit avec eux (oui, eux) et comment sais-je tout cela vous me demandez, c’est que je suis le narrateur omniscient mes petits cocos ne l’oubliez jamais, lui a laissé. Bref Rosario comprend soudain qu’il faudrait peut-être qu’il lise ce manuel maintenant que le T-2000 lui a été vissé au corps par l’entremise de la dicking station installée pendant l’opération (je sais c’est un peu abstrait tout cela, je m’en excuse, je voulais vous faire un schéma mais l’éditeur a refusé parce que ça coûtait trop cher et ce n’est pas de ma faute, il s’en mordra bien les pouces quand mon texte vendra des milliers et des milliers d’exemplaires et que la presse, sans pitié pour les grands écrivains bourrés de talent qui se promènent en Ford GT-40 nouveau modèle, et Paris Match en particulier dont le journaliste est toujours là et qui nous offre chaque semaine, dieu bénisse sa rédaction, les tout derniers seins de la toute dernière jeune vedette française que tous jalousent la vie est si dure et les gens si méchants et Jeanne Moreau a été une grande inspiration, ne cesseront de demander pourquoi, oui pourquoi cette absence de schéma et que je serai obligé d’accuser mon éditeur. Je vous prie donc d’imaginer le schéma et d’oublier la jeune vedette).

 

Rosario ouvre donc le manuel. Et qu’y lit-il ? Qu’y lit-il ? (qu’est-ce que c’est que cette syntaxe ?). Je vous le donne dans le mille ! En fait, si dans le mille que je vous reproduis le texte au complet parce que ça me permet de souffler un peu, vous m’épuisez à force de lire aussi vite.

 

 

‘Cher ami. Bonjour et bienvenue dans le monde merveilleux du T-2000, l’implant pénillo-lombale le plus révolutionnaire sur le marché, tout dernier modèle d’implant pénillo-lombale de General Limbs. Permettez-nous d’ailleurs de vous féliciter pour ce merveilleux achat ! (c’est le manuel qui félicite Rosario, moi je ne vous félicite de rien du tout). Testé sur plus de 3000 volontaires, hommes et femmes, le T-2000 a été conçu pour répondre aux normes de General Limbs, les plus exigeantes de toute l’industrie des implants pénillo-lombaux et dépassant de beaucoup les normes prescrites par le ministère de la santé (je n’invente rien, c’est écrit noir sur blanc dans le manuel). Bien employé, le T-2000 vous donnera entière satisfaction ! Il a ainsi été conçu pour répondre aux demandes les plus diverses de l’activité pénillo-lombale humaine. De la plus sobre et rare à la plus fréquente et originale, le T-2000 saura répondre en un tour de main à vos appétits charnels. Hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, bestialité, etc., le T-2000 saura vous combler ! Facilement rechargeable et nettoyable, il est muni d’un joint breveté t-2000axv qui vous permettra de le ranger avec facilité lors de moments plus calmes. En voyage, le T-2000 ne vous causera aucun souci, la gaine de plastique noire qui vous est fournie empêchera toute détection par les systèmes de sécurité aéroportuaires.

 

‘Mais un peu d’histoire avant de commencer : Le premier prototype du T-2000 a été créé par un ingénieur suédois du nom d’Ingmar Gufstasson qui, travaillant pour le compte de General Limbs Aéronautique, s’est vu un jour, comme vous cher ami, confronté à une situation pénillo-lombale difficile. Dans le plus pur esprit d’ingéniosité suédois, afin aussi de répondre à des exigences familiales et religieuses importantes, Ingmar Gufstasson s’attela à la tâche et créa le premier prototype du T-2000, initialement appelé le T-100. Ingénieux, pratique et utile, ce premier prototype ne s’avéra malheureusement pas imperméable ce qui causa quelques embêtements à Mme Gufstasson. Après sa mort, M. Guftsasson se remit au travail et créa un deuxième prototype, le T-200. Le T-200 connut une carrière importante et fut le premier modèle pénillo-lombale au monde à être exporté en dehors des frontières de l’Europe. M. Gufstasson, maintenant âgé de 86 ans, s’en sert encore quotidiennement ! Aujourd’hui, le T-2000 est vendu à travers les cinq continents, et hommes et femmes de toutes cultures et de toutes religions l’utilisent avec régularité. Le succès du T-2000 a d’ailleurs valu à General Limbs les félicitations de plusieurs personnalités importantes du monde des affaires, de la politique et du milieu culturel. Mais General Limbs ne s’arrête pas là et la prochaine génération d’implants pénillo-lombaux, le T-3000, est déjà en phase de prototypage dans nos laboratoires. Utilisant la toute dernière génération nanotechnologique, le T-3000 sera sur le marché d’ici l’automne prochain et offrira une plus grande souplesse d’utilisation (il permettra, entre autre, de véritables éjaculations contrôlées et à répétitions ! Avec le T-3000, l’homme pourra enfin dire adieu au monopole d’orgasmes multiples de sa femme !). En tant qu’heureux propriétaire d’un T-2000, le dernier modèle vous sera offert à prix compétitif.

 

‘Mais vous êtes impatient de savoir comment utiliser le T-2000. Commençons donc :

 

‘Regardez votre T-2000. Vous remarquerez, à sa base, la petite entrée USB. Celle-ci vous permettra de vous brancher avec beaucoup de facilité sur le site de General Limbs. Grâce à ce branchement, vous pourrez enregistrer votre T-2000 en ligne, ce qui vous fera accéder à toute une série de promotions pénillo-lombales de General Limbs. Attention : Si vous n’enregistrez pas votre T-2000, vous ne pourrez pas utiliser les fonctions ‘accéléré’ et ‘jouissance profonde’.

 

‘Si vous êtes munis de la dicking station, passez au numéro deux.

 

‘Numéro deux :

 

‘Voilà, votre T-2000 est bien en place ! Observez les nombreux joints qui lui permettent une détente de plus de 223 % de sa taille initiale. C’est ce que nous appelons ‘le potentiel’. Si vous avez achetez le modèle Ultra du T-2000, le potentiel de votre appareil peut, en certains cas monter à 346 %. Nous vous conseillons cependant d’utiliser ce potentiel maximum avec soin et prudence puisque cela pourrait occasionner de sérieuses blessures.

 

‘Maintenant, si vous regardez sur la face inférieure droite de votre T-2000, vous verrez un petit bouton de couleur noire, très discret. C’est la commande on/off. Appuyez maintenant sur ce bouton. Entendez-vous le léger ronronnement ? C’est le ventilateur breveté T-2000tde, exclusif à General Limbs, qui permet à votre T-2000 une utilisation prolongée, jusqu’à 33 minutes à la puissance maximum ! Maintenant, regardez de l’autre côté. Ces deux petites prises sont la fiche de rechargement du T-2000. Branchez simplement le T-2000 au mur et laissez-le se recharger ! Un jeu d’enfant.

 

‘Mais nous vous sentons impatient de pouvoir utiliser votre T-2000 ! Encore quelques informations et nous y sommes !

 

‘Avant de pouvoir utiliser pleinement le T-2000, vous devez vous assurer d’activer le fichier dxl.ini que vous trouverez sur le mini-cd qui vous a été fourni avec votre T-2000. Une fois le cd activé, ouvrez les dossiers ‘Set-Up’, ‘Administrateur’ ‘Fonctions Importantes’, ‘Activités’ ‘Pénillo-lombale’, ‘Personnel’, ‘Mon T-2000’. Ensuite, cliquez sur le fichier ‘Initialisation.exe’. Un programme démarrera. Suivez les instructions à l’écran. Attention : N’utilisez la fonction ‘Musulman.exe’ de votre implant que si vous êtes familier avec le Coran. Après le redémarrage de votre T-2000, celui-ci sera parfaitement fonctionnel. Votre T-2000 est maintenant prêt à répondre à toutes vos demandes et à vous assurer d’interminables minutes de plaisir !!

 

‘Un petit mot cependant sur les utilisations auto-érotiques du T-2000. Le T-2000 n’a pas été créé dans le but de répondre à des activités auto-érotiques. Cependant, votre modèle ayant été conçu avec le soin particulier propre aux produits de General Limbs, l’auto érotisation est possible. Cependant, une fréquence trop élevée d’auto érotisation pourrait causer de graves problèmes à votre T-2000 et bloquer le système d’exploitation XPD3000 en mode Priapisme. Si tel est le cas, nous vous conseillons un redémarrage de votre T-2000 au moyen de la clé d’initialisation originale de sauvetage (voir page 678).

 

‘L’emploi pénillo-anale de votre T-2000 doit se faire avec précaution, l’absence de substance lubrificatrice pouvant causer l’arrêt de votre T-2000 en mode Priapisme. Si tel est le cas, et que le T-2000 se retrouve en position ‘indélogeable’, veuillez communiquer avec notre service technique (page 956). NE RETIREZ EN AUCUN CAS UN T-2000 COINCÉ SANS AVOIR PRÉALABLEMENT APPELÉ UN TECHNICIEN. DE GRAVES BLESSURES POURRAIENT SURVENIR.

 

‘Pour de plus amples informations, pour savoir comment programmer votre T-2000 pour des nettoyages, des téléchargements pré-programmés, des déblocages hebdomadaires ou encore pour s’assurer qu’il recevra les plus récents updates, veuillez vous référer aux pages 916 à 943 de votre manuel. Nous vous conseillons d’ailleurs de le lire au complet car vous y trouverez de nombreux renseignements utiles !

 

‘À bientôt ! Et n’oubliez pas, pour tout renseignement supplémentaire, n’hésitez pas à appeler General Limbs !’

 

Rosario soupire, il prend son T-2000 dans ses mains, l’observe avec soin. Sous le socle, il voit un autocollant sur lequel est écrit : ‘Tenir hors de la portée des enfants. NE PAS AVALER. En cas d’ingestion, ne pas faire vomir. Appeler un médecin. Le T-2000 contient du glycocémide de brutoxomate 2 %.’

 

Puis, cachée sous l’étiquette, la mention : ‘Made in the People’s Republic of China’.

 

 

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Je sais que vous êtes stupéfait par la tournure des événements, et que jamais, au grand jamais, ne vous doutiez-vous que ce texte, que vous aviez pris à la librairie du coin en buvant votre cappuccino au miel et en mangeant votre petit biscuit sans sucre et sans gras et contient peut-être des traces de noix, proposerait une histoire si extraordinaire faisant preuve d’une telle maîtrise stylistique et narrative, d’un tel élan créatif que vous vous diriez, au bout de seulement quelques pages, que, vraiment, il s’agissait là d’un achat exceptionnel, que vous ne vous êtes pas fait rouler, que si tous les achats s’avéraient aussi fructueux vous n’auriez plus besoin de faire la queue au comptoir du remboursement chez Ikea. Ah cher lecteur, il est vrai, je ne suis pas peu fière de moi. Un pénis artificiel ! Fallait y penser (ou ne pas trop y penser). Imaginez toutes les possibilités fictionnelles qui s’ouvrent à moi (et s’offriront à vous dans quelques pages). Alors là bravo Max, bravo, merci, merci, mais je n’aurais jamais pu y arriver sans ma merveilleuse femme qui est morte l’an dernier après avoir combattu courageusement la grippe aviaire qu’elle a contractée en secourant une petite chinoise des eaux folles du Heilongjiang et qui m’a fait promettre, quelques minutes avant sa mort et quelques supplémentaires minutes avant qu’on ne lui enlève tous ses organes pour en faire don et trafic du côté de l’Argentine, d’écrire, de ne jamais cesser d’écrire, de faire honneur à ce talent hors de l’ordinaire dont les dieux m’ont fait don (bon, j’exagère un peu, ma femme n’est pas morte mais bien vivante et elle vit chez son nouveau mari qui est professeur de pédagogie à l’université et qui enseigne comment enseigner à ceux qui vont enseigner et qui finissent par enseigner l’enseignement, ce que je ne critique pas, remarquez bien, ça permet à tous les autres d’avoir l’air plus intelligents).

 

*

 

Bon mais tout cela n’est pas tout (ce qui, comme d’habitude, ne veut rien dire), il faut faire avancer l’histoire et ce n’est pas en faisant des remarques aux deux phrases que je vais y arriver. Alors, voilà, Rosario est finalement sorti de l’hôpital, chanceux malgré tout dans sa malchance car le lendemain Jimmy reçut la visite de l’autre bande de motards qui s’empressa de le faire éclater en plusieurs morceaux, car lui enfoncer les yeux derrière le front n’était pas suffisant semble-t-il, ce qui projeta des centaines de petits bouts de peau et d’organes dans les draps, les oreillers, sur le plancher, les murs et le plafond, et fut promptement remarqué par le concierge de nuit quelques jours plus tard et rapporté au directeur des services quelques autres jours plus tard mais ne put être nettoyé avant une semaine car il n’y avait plus d’argent pour diluer l’eau de javel et faire semblant de nettoyer (c’est un système assez complexe). Rosario sortit donc de l’hôpital sans oublier cependant de passer à la pharmacie et d’y acheter la prescription tout à fait inappropriée qu’on lui avait donnée et qui provoqua de fortes diarrhées ce qui n’est pas facile à gérer lorsqu’un important bandage blanc se trouve si proche de l’orifice d’évacuation.

 

Mais n’en restons pas là, sinon ce texte finira par ressembler à la vidéo d’une artiste qui marmonne du St-John Perse et parle de son cancer du sein comme s’il s’agissait d’une révélation. Rosario fait donc contre mauvaise fortune bon pénis et nous le retrouvons maintenant chez lui quelques jours plus tard. Il est dans sa chambre, assis sur sa chaise, en shorts. Il est bien habillé, de façon détendue mais sportive. Rasé, bien peigné, il semble beaucoup plus reposé qu’auparavant.

 

Il est en train d’installer son T-2000. Il a les culottes baissées. Il prend le T-2000 dans ses mains. L’examine, l’observe. Il appuie sur le bouton on/off et le T-2000 émet alors un bruit strident. Rosario, énervé, tente par tous les moyens de diminuer ce bruit qui fait penser à un cochon cachère qu’on égorge (ce qui est difficile à imaginer, je vous le concède) ou à une petite fille qu’on saigne (ce qui est aussi difficile à imaginer, mieux vaut penser au cochon) et qui attire l’attention des voisins, petits commerçants discrets qui admirent Marc Dutroux et qui collectionnent les jupes d’écolières et que j’éviterais de croiser dans l’escalier si j’étais vous. Il tourne le T-2000, l’agite, l’éteint, le retourne, le rallume mais rien n’y fait. Résigné, il cherche le petit bouton noir qui permet de le déplier. Il appuie sur le bouton et l’appareil émet alors un autre sifflement, aigu cette fois-ci, qui ne fait pas penser au cochon cachère qu’on dépèce mais bien à la petite fille que les voisins cachent dans le placard, et se déplie très lentement (le T-2000), ce qui titille l’oreille des voisins et réveille à moitié la petite fille qui salit le placard à force de saigner. Malgré tout, le T-2000 déplié est impressionnant et Rosario se permet son premier sourire depuis longtemps (car il n’est pas dans le placard d’à côté, lui). Heureux, il appuie une fois encore sur le bouton et voit alors le T-2000 se replier toujours aussi lentement. Malheureusement, le T-2000 ne se replie pas complètement. Rosario l’éteint, le rallume, tente de le déplier et de le replier mais rien n’y fait, le T-2000 refuse obstinément d’obéir (comme la petite fille, ce qui a forcé les voisins à insonoriser la chambre). Rosario essaye alors de mettre le T-2000 dans son slip mais toujours à moitié déplié celui-ci est trop grand. Il (Rosario, pas le slip) tente alors de le plier manuellement en poussant sur un des joints. Il y arrive mais entend un fort craquement (vous me suivez ou vous pensez à la petite fille ?). Inquiet, Rosario croit alors avoir cassé son T-2000 (comme les voisins avec ce qu’il garde dans le placard, mais je vois que vous avez compris). Il n’y a qu’une chose à faire pense-t-il : plier, déplier et replier plusieurs fois son T-2000 pour voir s’il fonctionne bien. Miracle, Ô miracle, le T-2000 fonctionne maintenant à la perfection ! Rassuré, Rosario le glisse dans son slip et se regarde alors, pantalon relevé, dans le miroir. Le T-2000 lui fait une jolie bosse, impressionnante mais sans exagération. Heureux, il sort, content de quitter son appartement qui, aujourd’hui, étrangement, lui donne des frissons dans le dos.

 

 

14
 

 

Ayant repris confiance en lui, Rosario se décide de tenter sa chance dans un bar très branché, fréquenté par de jolies jeunes femmes (bien sûr), de moins jolies plus vieux hommes (évidemment), d’à moitié nu jeunes gays musclés de chez Kox, de trois quarts idiotes jeunes filles de seize ans qui ont pu rentrer parce que ressembler à une trois quarts idiote jeune fille de seize ans est à la mode (et aussi parce qu’elles ont promis des choses au videur à la porte, ce qu’elles vont regretter amèrement quand déborderont en elles, dans le cubicule où elles seront enfermées par et avec le videur, ces quelques millions de petits trucs sympathiques qui réorganisent l’Afrique), de trois policiers incognitos qui reluquent les trois quarts idiotes jeunes filles de seize ans et de quatre musulmans, torturés par la culpabilité mais frémissant devant tant de jeunes, mais difficilement vierges mais on ne peut tout avoir, chairs. Rosario est donc assis au comptoir de ce même bar, sirotant son VSOP. Nous le voyons, cher lecteur, hého par ici, nous avons une histoire à terminer, en train de discuter avec une jolie jeune femme de vingt-deux ans, qui voudrait en avoir seize, de choses et d’autres mais surtout d’autres. Mais regardez cher lecteur, hého par ici, elle a l’air séduite ! Rosario est en forme, confiant et sûr de lui, ça se voit. Et ainsi, pendant que nos trois policiers tentent, eux aussi, le coup des toilettes, non pas avec le videur mais avec les musulmans qui ne s’attendaient pas à cela et qui n’avaient pas fantasmé sur ce genre de poils pubiques mais la vie étant ce qu’elle est, il faut prendre (c’est le cas de le dire) ce qui passe (ou s’enfonce, dépendant), Rosario et la jeune fille qui n’a pas de nom mais que vous pouvez appeler Mireille ou Charlotte ou Vanessa ou Elle (si vous lisez encore du Marguerite Duras), assis un en face de l’autre (évidemment) font semblant de discuter mais sont, en fait, en train de se poser quelques questions sur ce qui va suivre. Rosario, qui a tout compris, a les jambes croisées ce qui lui permet de mettre subtilement son pénis en évidence. De temps en temps, au milieu de leur conversation, la jeune femme lance d’ailleurs de furtifs regards en direction du pénis de Rosario qui voit tout évidemment (Rosario, pas le pénis) et ce, pendant que la bataille vient d’éclater entre les policiers et les musulmans, tout à côté des trois quarts idiotes jeunes filles de seize ans qui viennent de se rendre compte que le videur à la peau pour le moins abîmée. Puis, pendant que les musulmans sortent des couteaux et les policiers le poivre de Cayenne et que leur femme à la maison change les couches du petit, qui est en fait le fils du cousin de la nièce de Jimmy (n’est-ce pas extraordinaire) et se font du mauvais sang pour leur mari qui viennent justement d’en faire couler, Rosario caresse la joue de la fille et effleure sa bouche de ses lèvres, tout en glissant très discrètement sa main sous le bord de sa jupe. Ils s’embrassent et ne soyez pas impatient, bande de névrosés, la scène du lit arrive incessamment.




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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "… Il n’était ni l’un ni l’autre, Alain Robbe-Grillet, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Rien qu’un écrivain, tout simplement. Et un écrivain qui, précisément, s’en est pris d’entrée à l’increvable pathos romantique selon lequel l’acte d’écrire relèverait d’une nécessité absolue. La posture oraculaire du dieu tonnant ses vérités n’a jamais été la sienne. « Moi, en tout cas, déclarait-il en 2001, je peux vivre sans écrire ». « Pas sans vin rouge », ajoutait-il. Logique que la veille de sa mort, la première chose qu’il ait réclamée : une bouteille de bordeaux."
Ludovic Monnerat "Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L’hésitation de l’Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d’une vision stratégique confuse."
Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
Luc Rosenzweig "Pour sauver le soldat Enderlin, il semble nécessaire maintenant de sortir la grosse artillerie, sous la forme d'une pétition en sa faveur, lancée par le Nouvel Observateur, quartier général de la résistance à l'émergence de la vérité dans l'affaire Al Doura."