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"Le Pénisator" 3

"Mais ne la voici pas qui se retourne, se dirige alors vers un tiroir à sa droite, l’ouvre, et en tire quelque chose de long et d’acéré, emballé sous vide dans un plastique serré (ce qui est toujours de mauvais augure chez le docteur)."

Editeur: Max Paitch

Max Paitch est né à Berlin il y a de ça quelques années. Abandonné par sa mère à l’âge de six ans, il a été recruté par les milices de l’extrême centre pour lesquelles il a travaillé comme démineur volontaire pendant plusieurs années. À l’âge de 18 ans, il a connu une relation torride avec Vanessa Paradis, qui était encore jolie à cette époque mais qui lui a préféré Johnny Depp, allez savoir pourquoi. Après l’invasion du Koweït par l’Irak, Max Paitch s’est engagé dans l’armée canadienne dont il était une des quatorze nouvelles recrues depuis deux ans. Chargé des services de renseignements (les latrines ? À gauche), il fut racheté par l’armée botswanaise en échange de deux caisses de munitions que l’armée canadienne ne pouvait acheter, faute de moyens. Blessé gravement lors d’une opération suicide dans un centre communautaire pour femmes battues (au Koweït, toujours est-il), il fut rapatrié au Canada, les Botswanais ne voulant plus s’en occuper, où il habite encore aujourd’hui, en faisant tout en son pouvoir pour éviter les provinces maritimes. Anencéphale à ses moments, il s’est lancé dans l’écriture après avoir vu des photos de l’immense maison de Bernard-Henri Lévy qui, il est vrai, n’est pas vraiment un écrivain. Aujourd’hui Max Paitch enseigne la mythologie à de petits psychopathes qui fréquentent l’école publique et que personne n’arrive à distinguer des autres.
 

7

 


Comme vous vous en doutez, Rosario finit par se payer une dépression (enfin, il ne la paye pas, mais vous saisissez) ce que j’aurais pu comprendre si les dieux avaient eu la bonté de faire une entorse au processus d’hérédité génétique et me munir d’un véritable instrument de conquête sexuel, mais que je perçois mal puisque je possède le pénis de mon père qui le possède de celui de son père et celui-ci de son propre père et comme cela depuis des dizaines de générations jusqu’à l’ancêtre commun qui nettoyait les latrines à Lascaux et y faisait cuire le lièvre sur un lit de champignons vénéneux mais n’était jamais invité aux petites fêtes sexuelles entre plantureuses ménagères et membrés chasseurs qui, bêtes comme les pieds du macaque oriental, chassaient encore le diplodocus disparu depuis plusieurs millions d’années, ce qui prouve bien que rien n’a changé et moins que ça en fait et je m’éloigne encore une fois de mon sujet.

 

Mais revenons à Rosario. Ses aventures sexuelles ne lui ayant offertes aucun réconfort (et ayant même causé la profonde dépression de l’éphèbe de chez Kox), celui-ci se trouva obligé de faire appel aux services de professionnelles, ce qu’il fit, évidemment, ne saisissant pas très bien cependant le concept du mot et se tapant, en plus de ses problèmes érectiles, deux maladies vénériennes coup sur coup et une dans l’autre et difficiles à déloger à moins que l’on mette des gants. Ce n’est d’ailleurs qu’en discutant avec Mimmie qui avait crié pouce après une quarantaine de minutes de tentatives diverses et créatives et parfois purulentes, gardées en secret depuis des millénaires et utilisées par les guenons neurasthéniques des forêts humides de Bornéo, qu’il avait compris que le mot professionnelles désignait des médecins et non des péripatéticiennes (et c’est quand même cinq cents balles petit, érection ou pas).

 

Voici donc, cher lecteur, notre doux et tendre Rosario, traînant avec lui une chose que personne ne désire douce ou tendre, sonnant à la porte d’une clinique médicale spécialisée en problèmes de tous genres (ainsi que le dit l’écriteau à l’extérieur) mais surtout en ceux qui nous concernent ici (ce que l’écriteau ne dit pas). Bref, voici Rosario dans la salle d’attente dont les murs sont peints d’un bleu poudre qui ferait plaisir aux petits gros qui fréquentent la maternelle et qui se font frapper tous les midis par les petits violents qui ne pensent qu’à les violer (ainsi que maman et Bobby aiment bien le faire à la maison). Le but premier d’une salle d’attente est, évidemment je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, d’attendre. Le but premier. Mais le but second ? Troisième ? Ah, c’est là que ça se complique cher lecteur (et que ça me forcera à tout expliquer). La salle d’attente est une communauté de malades ou de psychopathes ou de couples en détresse ou de jeunes femmes qui viennent se faire examiner la vulve par un pornographe qui a fait l’école de médecine. Ici, dans le cas qui nous intéresse, la salle d’attente est une communauté d’hommes au sexe mou (la salle des vulves est à gauche au fond du couloir). Je vois d’ici votre regard à la fois surpris et intrigué. Cela est-il possible, me demandez-vous ? Peut-on réunir dans la même salle tant d’hommes qui n’en sont pas, insistez-vous ? Y a-t-il un programme intéressant à la télé ce soir, chuchotez-vous, perdant rapidement intérêt pour mon histoire ? Vous avez bien raison, une salle remplie d’hommes dont le pénis n’opère que les fonctions urinaires est une salle, triste tropique, où le mammifère se tient la tête penchée, la chemise froissée, la barbe mal rasée (et c’est pour ça que les murs ont été peints d’un sympathique bleu poudre ainsi que recommandé par l’experte lesbienne de l’hôpital Sacré-Cœur).

 

Rosario s’assoit donc à gauche de la porte sur le premier banc libre en avant. Devant, à côté et même derrière lui (c’est une grande salle), une vingtaine d’hommes attendent patiemment sans dire un mot. Malheureusement pour Rosario, l’homme, dans la mi-trentaine, qui est assis sur le sofa en cuir en face de lui et qui aurait probablement plu à l’éphèbe de chez Kox (l’homme et le sofa) est accompagné de sa superbe jeune femme dans la mi-vingtaine (ce qui cause un malaise profond et certain dans la salle d’attente). Elle est si belle qu’elle ressemble (en fait) à la jeune femme du café d’il y a quelques jours qui ressemblait elle-même à celle du café d’il y a plusieurs jours (elles sont toutes un peu typées, ça me fait gagner du temps). Rappelez-vous, cher lecteur, que Rosario est superbe, pénis ou pas, et que, érection ou pas, le dit-pénis fait encore et toujours et vit au dépend de celui qui l’écoute une bosse importante dans l’entrejambe ce qui, vous vous en doutiez, est rapidement remarqué par la jeune femme assise en face dont le mari’s pénis (pour faire anglais) est non seulement mou mais aussi relativement petit (légèrement sous la moyenne, ce qui n’est jamais bon, mais l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de sujets délicats, tels la pauvreté des enfants, dont on a rien à foutre je vous demande, ou la propagation du Sida en Afrique et oui, vous êtes bien gentille, je reprendrai de ce délicieux gâteau). La jeune femme, donc, a remarqué le pénis de Rosario. Qui plus est, elle a aussi remarqué son visage (celui de Rosario), ses bras musclés, la couleur et la texture de sa peau et le fait qu’il s’épile très subtilement les sourcils (ce qu’aucun homme, même mou, n’aurait remarqué). Affamée et désespérée (enfin autant qu’on peut l’être en Occident), elle n’arrive pas à se contrôler et, au vu et au su de tous, se met à faire de l’œil à Rosario ce que le mari, évidemment, remarque lui aussi. Bref, heureusement que l’infirmière habillée de bleu poudre et portant plusieurs tranches de vingt kilos en trop et qui méprise profondément tous ces hommes, entre au même moment (ou à peu près) et appelle le nom de Rosario sinon j’aurais été obligé de décrire toute la tension de cette scène et je m’en serais probablement sorti avec un petit astérisque.

 

Rosario entre donc dans le cabinet du médecin et se retrouve face à face avec une docteure assise derrière un grand bureau de bois d’acajou, deux immenses fenêtres à sa gauche donnant une vue imprenable sur le centre-ville et trois magnifiques posters, pleins de couleurs vives et sympathiques, accrochés tout juste à côté des diplômes. Bien sûr, la surprise étant ce qu’elle est, il est d’abord difficile, même pour moi qui décris la pièce, de bien voir ce que les posters illustrent, mais laissez-moi y jeter un coup d’œil plus précis pendant que Rosario tente de reprendre son souffle et que je n’ai pas besoin de m’en occuper. Ah oui ! Évidemment ! Il s’agit de plusieurs illustrations très détaillées, de face, de profil et de trois quarts, du pénis. Rosario a un mouvement de recul, on le comprend (vous ne comprenez pas ?). Mais la vie et les listes d’attente et les cliniques discrètes et les formulaires B-210 pour exemption des frais de scolarité étant ce qu’ils sont, Rosario est obligé de s’asseoir. Évidemment, la docteure s’avère être une femme très belle (j’ai besoin de vous la décrire ou vous connaissez le topo ?) à qui Rosario doit expliquer de façon très imagée, sans être vraiment capable de dire les choses telles qu’elles sont, son problème. À mesure qu’il parle, elle fronce les sourcils. À mesure qu’elle fronce les sourcils, il devient nerveux (qui fronce les sourcils lorsque vous parlez de votre pénis, je vous le demande ?). Lorsque Rosario se tait, elle se lève, se tourne vers le poster du centre, celui qui illustre le système urologique et ne dit rien. Elle semble trouver le tout très grave. Puis, elle se retourne, toujours silencieusement, fait un signe de tête à Rosario, lui indique la table d’examen sur laquelle est posé un papier blanc qui fait scrountch quand on se couche dessus. Ce que fait Rosario (il se couche, il ne fait pas scrountch). Toujours sans dire un mot, elle lui demande de déboutonner son pantalon. Ce qu’il fait. Puis, sans le regarder, ses seins fermes et dures pointant à travers sa petite chemise de soie blanche tressée au Turkménistan grâce à la même subvention au développement durable, quelques cheveux rebelles lui tombant dans le visage, elle plonge ses mains dans l’entrejambe de Rosario et commence à palper, tâter, toucher, frotter et manipuler le tout, ne pouvant s’empêcher d’avoir un très léger mouvement de surprise devant la longueur du membre.

 

Mais ne la voici pas qui se retourne, se dirige alors vers un tiroir à sa droite, l’ouvre, et en tire quelque chose de long et d’acéré, emballé sous vide dans un plastique serré (ce qui est toujours de mauvais augure chez le docteur). Rosario entend la déchirure si typique de ce genre de plastique et voit la docteure s’approcher de lui, un étrange objet dans ses mains. La docteure le regarde, semble dire de ses yeux ‘n’ayez pas peur’ et insère le truc dans le truc de Rosario et, sois calme ô ma douleur, se met à gratter (ce qui me donne des frissons rien qu’à y penser). Rosario serre les dents, gémit, souffle et se demande ce qu’il a pu faire au Bon Dieu pour mériter cela (mais comme la présidence du conseil divin et autres choses miraculeuses est maintenant occupée par Philip Morris International, sa question reste en suspens). Finalement, la docteure sort le truc du truc et le dépose dans un contenant spécial. Puis, elle se retourne vers Rosario, lui fait un autre signe de la tête lui ordonnant de reboutonner son pantalon et lui dit :

 

— On vous rappelle dès qu’on a les résultats.

 


8

 


Étonnement (vous avez utilisé le système de santé récemment ?), le bureau de la docteure rappelle Rosario. Heureusement d’ailleurs, car celui-ci vient de passer les derniers jours dans un état de nervosité si totale qu’il en a oublié de se masturber ce qui, je dois le souligner, est très, très rare pour tout ce qui, sur cette douce planète de plaies, de parasites, de purulences et de membres amputés qui est la nôtre, possède testicules. De l’orang-outang surmené à l’adolescent schizophrénique de Beyrouth, du chimpanzé sidéen au mercenaire serbo-croate qui combat pour les moudjidjines, du chien dont on se sert pour déchiqueter les prisonniers jusqu’à la petite fille qui, non, pas elle, jusqu’au professeur de mathématiques qui habite seul depuis que sa femme l’a laissé pour un typographe de l’Humanité qui sent mauvais, (presque) tous les mâles qui peuplent cette planète se masturbent (et ne faites pas cette tête là, mamie, je vous avais prévenu !). Face à cette profonde coupure onaniste, Rosario subit ce que l’on pourrait désigner comme la première crise majeure de son existence ce qui prouve bien des choses sur cette même existence, si vous voulez mon avis (ou même si vous ne le voulez pas).

 

Ah, elle est belle cette existence occidentale qui ploie sous le poids de l’empois parce qu’un peu de peau ne peut accomplir son office et se faire taquiner derrière l’autel par le Père Abel pendant que le petit Raphaël allume les cierges ! Ah elle est belle cette étrange civilisation que nous avons concoctée, là où un homme peut subir une crise existentielle majeure en raison de son pénis alors que le monde entier souffre et vote délibérément à droite parce qu’il n’a rien compris et parfois même encore moins. Ah, combien d’êtres humains ne sont pas prisonniers, comme nous, de toutes ces structures malades de la démocratie et sont en contact véritable avec la vie et ses incontestables valeurs et ses tangibles défis et ses éprouvées tortures et connaissent, eux, la fidèle fibulation, l’authentique famine, le dévoué génocide et l’attachant camp de réfugiés ? Ah, combien de peuples ne sont pas, comme nous, pris dans leur petite vie confortable et savent, eux, ce qu’est véritablement l’existence et surtout la police secrète qui fait irruption et fellation à trois heures du matin ? Ah, combien j’envie ces gens qui ne connaissent pas le démon de la consommation et qui vivent avec moins d’un dollar par jour et qui urinent dans une tranchée au milieu de ce qui leur tient de maison et qui doivent vendre trois fois leurs petits-enfants pour survivre ! Combien j’envie ces gens qui savent, eux, ce qu’est la vie et ne sont pas angoissés à l’idée d’un pénis mou car mémé vient d’être exécutée et qui le premier va s’emparer de ses souliers ?

 

Mais bon, où j’en étais là ? Ah oui, Rosario qui subit la première crise de son existence, pauvre garçon, et qui ne sait pas comment y réagir et qui se demande pourquoi lui et pas un travailleur social qui, de toute façon, n’en a pas besoin. Vous savez, il est si difficile pour Rosario de savoir comment réagir à ces difficultés existentielles qu’il décide de poser le geste mûr et adulte et d’en parler à sa mère qui, si vous avez lu la première partie du texte comme vous auriez dû, est très fière de la taille du pénis de son mari et de son fils et qui s’en fait une gloire personnelle et ne manque pas d’en parler partout où elle va, mais toujours subtilement, qu’est-ce que vous croyez, nous ne sommes pas des fermiers. Bref, si certains doivent affronter le regard et l’avis de leur mère sur des sujets chauds comme le choix d’un mari, d’une femme, d’un emploi, d’une caution pour meurtre en série ou d’un fond commun de placement à 5 % flexible pendant trois ans (comment ça flexible ?), d’autres, comme Rosario, doivent leur parler de choses plus délicates comme les goûts sexuels de leur femme ou de son amant ou de la voisine de celui-ci qui pratique le yogi nu toute la matinée et il ne s’en plaint pas allez elle est toute jeune, ou même, pis encore, de la taille de leur pénis, de la fonctionnalité de celui-ci et tu sais ce que Papa disait (non, pas vraiment). Mais Rosario ne sait plus vers qui se tourner et, tordu sous la pression, ne peut s’empêcher de saisir le téléphone et de composer le numéro de maman (la sienne, évidemment, pas la mienne. Quant à la vôtre, dieu seul sait et j’aime mieux ne pas y penser).

 

Je ne vais pas m’éreinter à vous reproduire le dialogue entre Rosario et sa mère parce que je crains que cela puisse vous (et m’) ennuyer. Je vous propose, plutôt, un léger résumé, assaisonné de noix de pins, de sel de mer et d’un peu d’huile d’olive, importé de Toscane (l’huile d’olive pas le résumé), comme ça le tout sera moins difficile à avaler et remarquez comme je suis attentionné.

 

Rosario appelle donc sa mère qui, comme toutes les mères, s’inquiète de l’état de santé de son poulain et parfois aussi de Rosario, et juste une cuillerée pour moi. Le poulain se porte mal comme vous le savez ce qui étonne Madame Rosario car celui de son mari continue d’assurer son bonheur. À un tel point, en fait, que Monsieur et Madame l’appellent (le poulain), en cachette bien sûr, dans l’intimité de la chambre, du boudoir, de la banquette arrière de la toute nouvelle Expédition six roues motrices et deux suspensions si indépendantes qu’elles pensent à faire sécession, et un tableau de bord plus électronique qu’un film de science-fiction, Jean-Claude VanD. puisque l’un comme l’autre (Jean-Claude VanD. et le poulain), malgré la bouleversante absence de cervelet (ce qui est normal chez le poulain mais moins chez le Jean-Claude VanD.), impressionnent tout de même les jeunes femmes qui feuillettent trop les magazines de mode imprimées en Albanie par Elle-Québec. Bref, Madame Rosario n’a pas grand-chose à dire à son fils qui n’a pas grand-chose à lui répliquer et comme le silence est une chose aussi difficile au téléphone que pendant l’interrogatoire serré d’un Tutsi par son voisin Hutu, Rosario et sa mère ne se disent finalement pas grand-chose et le réconfort dont avait besoin notre gentil protagoniste ne se manifeste pas plus que la venue de Dieu dans un temple religieux, Madame Rosario exprimant son amour comme le fait une guêpe parasitoïde devant une chenille. Bref, avec tout ça, vous comprenez qu’il n’est pas facile de lui parler de problèmes érectiles, personne ne riant ni ne souriant comme dans un commercial de Sildenafil Citrate (et je vous conseille de garder le silence si vous savez de quoi il s’agit).

 

Bref, vous comprenez maintenant pourquoi Rosario fait parfois preuve d’une certaine étrangeté (ceux qui n’ont pas compris n’auront qu’à réviser leurs notes). Bon c’est vrai, le tout semble tiré du premier chapitre de l’encyclopédie de psychanalyse appliquée telle que résumée par Marguerite Duras lors de sa folle escapade en Ombrie avec la barbe d’Alain Robbe Grillet (je raconte n’importe quoi), mais que voulez-vous un écrivain fait de son mieux selon les lectures étranges et le foie de veau qu’il se tape quotidiennement pour favoriser l’afflux sanguin et l’extensibilité des parois mais rien n’y fait, même pas les crèmes conseillées par Mme Claude qu’il faut appliquer généreusement (les crèmes, pas Madame Claude) sur le prépuce et tout autour du scrotum et qui sentent le maïs en grain.

 

Mais revenons à notre mouton. Nous le retrouvons maintenant quelques jours plus tard, de retour dans le bureau de la docteure. Il est nerveux (on le serait à moins), mal rasé, ses vêtements sont, pour la première fois, mal repassés. Il écoute l’urologue avec grande concentration sans remarquer que l’acajou de la table est de l’imitation mais ne lui en demandons pas trop. Celle-ci (la docteure, pas la table) a ouvert deux grandes cartes médicales qu’elle a accrochées sur le mur droit. Sur la première, nous (Rosario, moi et vous si vous faites un effort de concentration) voyons une image anatomique détaillée et assez typique du corps humain, plein de veines, de muscles, d’organes, de tendons et plein d’autres choses et chaque fois ça m’étonne (tous ces organes).

 

Puis l’urologue s’assoit à son bureau et soupire. Longtemps. Elle reste silencieuse, longtemps. Elle regarde Rosario, longtemps. Elle consulte sa montre, longtemps. Elle saisit un crayon, longtemps. Elle ouvre une lèvre puis l’autre, longtemps. Elle émet un souffle à travers ses cordes vocales, longtemps. Elle utilise sa langue pour former un son, longtemps (c’est bientôt fini ce manège ?). Et dit finalement :

 

 

— Urologue : Vous savez, compte tenu de votre cancer, il est absolument nécessaire de procéder à l’amputation.

 

— Rosario : L’amputation !!!! (Vous avez besoin des points d’exclamation ?)

 

— Urologue : Simplement d’un testicule. N’ayez crainte, cela n’a presque aucune incidence sur le comportement sexuel. Vous pourrez mener une vie reproductive tout à fait normale après cela. De toute façon, personne ne le remarquera.

 

— Rosario : Sauf quand il le faudra !

 

— Urologue : Bon, oui, dans l’intimité certaines personnes le remarqueront. Mais, entre vous et moi, est-ce bien ce qui compte dans l’amour ? Ne pensez-vous pas que ceux qui s’aiment vraiment passent au-delà de ces tracasseries ? Il y a des couples où un des partenaires est paraplégique, quadriplégique même ! De toute façon, la nature est bien faite. Vous pouvez très bien vivre avec un seul testicule, nombre de gens vivent avec un rein ou un poumon et mènent une vie presque normale ! Allez, vous n’y verrez aucune différence, faites-moi confiance ! Ça sera même beaucoup mieux qu’avant, en tout cas beaucoup mieux que maintenant. Alors, on fixe tout de suite la date de l’opération ?

 

— Mais…

 

— Le 31 ça vous va ? À 10 h ?

 

— Mais…

 

— Très bien, allez une chose de réglée ! Vous pouvez rentrer rassuré !

 

 

Elle le raccompagne à la porte.

 

 

— Tout va bien se passer, soyez confiants ! C’est une opération dont le taux d’échec a été grandement diminué ces dernières années ! La plupart des patients retrouvent même l’usage du pénis en moins de six mois ! Allez, on se revoit le 31 !

 


9



Est-il vraiment nécessaire de vous décrire les états d’âme de Rosario pendant les quelques jours qui précèdent l’opération (Vraiment ? Bon, allez…). Après une telle nouvelle, je vous mets au défi de ne pas trouver que la vie est injuste, que vous n’avez rien fait pour mériter cela, que de tous les endroits où vous auriez pu être malade, fallait que ça tombe sur celui-là, que vous êtes encore jeune et pourquoi cela n’arrive pas à un vieux qui ne peut plus s’en servir, qui est tout plissé (le truc, oh et puis le vieux aussi pendant qu’on y est), que plus jamais vous ne pourrez coucher avec une femme, que vous serez obligé de véritablement les aimer, les écouter et même, dieu nous garde, les caresser, que vous serez forcé d’apprendre où se trouve (réellement) le clitoris, qu’il sera maintenant impossible d’être dispensé des tâches ménagères et que votre conjointe ou conjoint ou conjoint-conjoint ou conjointe-conjoint-conjointe ou conjoint-conjointe-conjoint devront se trouver, en cachette si c’est une conjointe, ouvertement si c’est des conjoints de chez Kox, un autre pénis, véritable celui-là, puissant, gros et possédant ses deux testicules et qui a jamais entendu parler d’un seul testicule, je vous le demande ? (vous pourriez pas me répondre de temps en temps ?). Bref, soyons tolérant avec notre pauvre Rosario dont la vie vient de prendre un tournant décisif et qui ne peut même pas compter sur la transplantation (car juste à y penser, ça me donne mal à la tête).

 

Bref, les jours qui précèdent l’opération ne s’écoulent pas paisiblement du tout même s’ils s’écoulent quand même. Du lever du soleil à son coucher, Rosario ressent une angoisse si profonde qu’il se surprend à vouloir appeler sa mère (ce qui n’est pas rien). Quant aux heures qui séparent le coucher du prochain lever qui lui-même précède le coucher qui suivra avant le lever suivant (vous me suivez ?), Rosario ne se sentant plus de joie ouvre large son bec et (y) laisse tomber sa proie qu’il s’est procurée dans une ruelle pour 50 dollars le gramme et vit alors au dépend de celui qui les coûte. Je dois vous avouer, puisque nous avons décidé de tout nous dire, que Rosario, y étant déjà dans ces ruelles sombres et malfamées (n’est-ce pas toujours le cas ?), tentant le tout pour le tout, prit un autre 50 dollars de sa poche et demanda, pendant qu’il y était et puisqu’il s’agissait de la même personne, une fellation. Mais la vie étant ce qu’elle est, le miracle ne se produisit pas et le cinquante dollars dût être majoré à cent car un pénis mou force le fellateur à rapprocher énormément son visage, ce qui n’est pas au goût de tout le monde.

 

Mais l’univers, comme la vie, étant, lui aussi, ce qu’il est (ce qui ne veut rien dire), la souffrance des choses qui vivent et respirent et souhaitent être aimés mais sont constamment frappés, blessés et abandonnés, le laissant complètement et totalement indifférent, les planètes continuent donc à tourner autour du soleil qui lui tournent dans la galaxie qui elle tourne autour d’un trou noir que l’on a récemment identifié (bref, le temps passe). Ainsi, malgré tout ce que je peux inventer, le jour de l’opération approche.

 

Comme je suis un peu fatigué de vous décrire ces moments, je saute quelques jours ici et vous amène la veille de l’opération. En fait, j’aurais dû sauter au jour de l’opération lui-même tant qu’à y être oh et puis allons-y, boum, voilà, nous y sommes, c’est le jour de l’opération (le 31, pour ceux qui écoutent). Bref, Rosario, inquiet et nerveux, entre dans l’hôpital, un pressentiment lui serrant le ventre, un mauvais goût dans la bouche, le tout causé par les tranquillisants que lui a donnés l’infirmier quelques jours avant l’opération car il en restait une boîte pleine ramenée d’Afghanistan par la fille du cousin du directeur de l’hôpital qui travaille pour Oxfam parce que ça fait bien et que les chefs de clan ont toute une réputation (je vous laisse deviner laquelle) et que c’est pas tous les jours qu’on peut s’en taper un en mangeant une pastèque, ceci dit en passant, je suis mauvaise langue, je la connais, elle adore l’humanité, elle est encore jeune, ne vous en faites pas, ça ne devrait pas se poursuivre très longtemps (surtout avec les chefs de clan). Rosario se rend directement au 6e étage, où une gentille infirmière, habillée elle aussi d’un long sarrau bleu poudre (dont l’origine remonte à la même lesbienne du même hôpital Sacré-Cœur mandatée par le même gouvernement pour revoir de fond en comble le même système de santé et non pas la couleur des uniformes qui a malheureusement beaucoup plu au premier ministre dont le manque d’affection maternelle dans la jeunesse a eu d’importantes répercussions mais ceci est une autre histoire, c’est comme celle d’un ex premier ministre qui aimait bien les petits garçons et qui serait mort du Sida, comme quoi il les aimait jeunes mais pas forcément vierges mais je digresse, je digresse), le reçoit. Elle l’accompagne alors dans un vestiaire où elle lui demande de se dénuder et d’enfiler cette merveilleuse chemise, bleu poudre, d’hôpital qui se ferme dans le dos et qui, selon moi, a deux fonctions spécifiques : soit rincer l’œil des employés de l’hôpital mais vu les patients qui s’y promènent avec leur liquide attaché à un petit support sur roulettes ça m’étonnerait, soit être capable d’insérer rapidement et profondément par l’arrière, pendant que le patient est maintenu sur le plancher par deux gardes, des objets dans l’orifice le plus facilement accessible (je vous laisse deviner lequel), ce même orifice multifonctionnel qui peut être utilisé pour évacuer, pour laisser pénétrer ou même pour abriter de petits rongeurs. Puis, elle l’allonge sur un lit froid et métallique et lui soulève la dite-chemise, laissant son immense pénis flasque au vu et au su de tous.

 

Ensuite, c’est comme toujours, l’urologue entre, elle dit quelques mots, elle regarde le pénis, le soulève, le montre à douze étudiantes aux yeux pétillants et aux chairs frémissantes, se retourne, demande à l’anesthésiste de faire son office mais lui aussi a emmené des étudiantes et laisse la plus jolie faire l’injection malheureusement ce n’est pas la plus habile et la voilà qui s’y prend à quatre fois dans le bras de Rosario, fouillant longtemps et douloureusement avec son aiguille pour y trouver la veine, bref c’est la routine habituelle à l’hôpital, quoi.

 

Éventuellement, l’anesthésiste finit par faire l’injection lui-même arrachant presque l’aiguille des mains de la petite mignonne et se privant ainsi de toute chance de la retrouver dans son lit plus tard (serment d’Hippocrate ou pas), plongeant Rosario dans un sommeil sans rêves, tout cela pendant que l’urologue, sans se l’avouer le tout étant enfoui au plus profond d’elle-même, là, tout juste à côté de son amour pour les boucs, coupe, coupe et coupe avec un plaisir immense.

 


10



 

Deux heures plus tard, Rosario se réveille lentement. Il ouvre les yeux avec difficulté. Il est sur un lit d’hôpital (évidemment), un tube dans la bouche et un dans le bras. Quelques machines l’entourent et clignotent très doucement (je n’ai pas fait de recherche pour ce texte, ce que vous aviez peut-être déjà compris, j’ai cependant beaucoup regardé la télé, me gavant d’émissions sur les tornades, les requins, les alligators et les chirurgies mammaires. Il est donc possible que mes descriptions du fait médical soit légèrement, comment dirais-je, décalées, par rapport à la normale. S’il existe des docteurs parmi vous et que je me goure complètement, veuillez ne rien dire et continuez à lire et offrir ce texte à vos amis). Debout devant lui, nous voyons (vous et moi) son urologue, dans sa tenue, bleu poudre, de chirurgienne. Elle le (Rosario, je précise parce que certains d’entre vous ont moins l’habitude des pronoms compléments d’objet direct et on me signale qu’on ne dit plus ça mais autre chose avec des arbres et des syntagmes c’est la nouvelle grammaire, et la vieille a été envoyée à l’hospice où elle finit ses jours tranquillement marmonnant ses exceptions et ses explications et ses accords du complément d’objet utilisé avec un infinitif ce qui fait bien rire les infirmières qui n’en ont jamais entendu parler) regarde avec gentillesse mais aussi avec ce qui semble être une affection un peu maternelle, comme une mère en aurait devant son fils qui s’est écorché le genou (ou, dans ce cas-ci, le pénis ce qui surprendrait beaucoup une mère il faut l’avouer). Elle s’assoit à ses côtés et lui prend la main avec tendresse. Il la regarde, inquiet, bien que toujours groggy. Elle le regarde longtemps sans rien dire. Il la regarde alors en retour, longtemps sans rien dire non plus (il a quand même un tuyau dans la gorge). Elle continue à le regarder, longtemps, sans rien dire. Et lui aussi (il la regarde elle, pas lui-même), toujours sans rien dire (l’ai-je déjà mentionné ?). Elle le regarde. Il la regarde. Ils se regardent. Nous nous regardons. Vous vous regardez. We, You, I, Him, Her, They se reugardeu. Bref, c’est le silence dans la salle et ce, malgré les gémissements de Jimmy, le jeune motard d’à côté qui s’est fait casser quatorze fois le crâne et enfoncer (une fois ça suffit) si loin les yeux dans leur orbite qu’il a fallu aller les chercher avec une pince qui, malheureusement, avait mal été nettoyée et servie alors de vecteur inespéré pour une colonie de bactéries particulièrement agressives qui firent fondre rapidement son cerveau ce que personne ne remarqua puisqu’il s’agissait d’un motard. À part ça, c’est la chambre d’hôpital habituelle qui sent l’urine. Mais revenons à notre Rosario. Avec beaucoup de difficultés et d’efforts, il arrive à articuler quelques mots qui lui permettent de demander à sa docteure si tout s’est bien passé. Malheureusement, notre jeune motard perd, au même moment, tout contrôle sur ses muscles intestinaux et l’urologue n’entend rien. Rosario est donc obligé de répéter, ce qui lui cause une irritation importante dans la gorge et lui fait cracher du sang sur son oreiller qui sera changé dans deux jours (mais c’est son propre sang, alors ça va). Finalement Rosario arrive à poser sa question. Elle (la docteure, pas la question) ne répond pas tout de suite et détourne les yeux. Finalement, elle lui tapote la main et dit : ‘Tout compte fait, tout s’est bien passé’. À ses mots, Rosario grimace comme sous le coup d’une terrible douleur. Il ouvre très grand les yeux, regarde la médecin avec terreur lui demande alors avec force (mais un simple filet sort de sa voix écorchée par le tube et l’opération et tendez l’oreille cher lecteur car au même moment Jimmy évacue une bonne partie de son repas sur le pantalon de cuir de Ti-Mousse). ‘Comment ça, ‘Tout compte fait ?’’.

 

Et là, suspense, suspense mes cocos, c’est donc le moment d’une petite pause.

 

Vous travaillez trop fort, vous êtes fatiguée, votre patron ne cesse de flirter votre adolescente, votre chat perd ses poils et vomit sur votre chemisier Armani, votre mari a pris 25 kilos depuis votre mariage ? Vous avez besoin de vous détendre, de vous libérer de cette pression qui vous écrase ? Lisez Max Paitch, disponible chez tout bon libraire (et aussi chez les mauvais si cet imbécile de distributeur fait son travail).

 

Bon, de retour à notre émission. Rosario vient donc de poser sa question. Il attend une réponse (nous aussi). La docteure se lève et commence à lui expliquer de long en large que compte tenu de la taille de la tumeur, de son étendue, de la menace d’une métastase, du danger inhérent à ce type de cancer, du fait qu’il est encore jeune (Rosario, pas le cancer) et qu’il sera possible pour lui de refaire sa vie, que d’incroyables avancées technologiques sont maintenant disponibles, il a fallu tout enlever.

 

Une autre pause ? Non ? Vous êtes sur ? Bon.

 

‘Comment ça ‘tout ?’’ demande Rosario. ‘Tout’ répond la docteure. Rosario penche alors la tête, regarde vers son ventre et lève la couverture : un immense bandage ensanglanté lui couvre le sexe. Il soulève le bandage, se met à crier et s’évanouit.

 

 

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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "… Il n’était ni l’un ni l’autre, Alain Robbe-Grillet, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Rien qu’un écrivain, tout simplement. Et un écrivain qui, précisément, s’en est pris d’entrée à l’increvable pathos romantique selon lequel l’acte d’écrire relèverait d’une nécessité absolue. La posture oraculaire du dieu tonnant ses vérités n’a jamais été la sienne. « Moi, en tout cas, déclarait-il en 2001, je peux vivre sans écrire ». « Pas sans vin rouge », ajoutait-il. Logique que la veille de sa mort, la première chose qu’il ait réclamée : une bouteille de bordeaux."
Ludovic Monnerat "Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L’hésitation de l’Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d’une vision stratégique confuse."
Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
Luc Rosenzweig "Pour sauver le soldat Enderlin, il semble nécessaire maintenant de sortir la grosse artillerie, sous la forme d'une pétition en sa faveur, lancée par le Nouvel Observateur, quartier général de la résistance à l'émergence de la vérité dans l'affaire Al Doura."