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"Le Pénisator" 2

"…comme si nous étions dans un film de science-fiction en train de sauver la planète d’une attaque terrifiante de centaines de vierges musulmanes chevauchant leurs terroristes bien-aimés."

Editeur: Max Paitch

Max Paitch est né à Berlin il y a de ça quelques années. Abandonné par sa mère à l’âge de six ans, il a été recruté par les milices de l’extrême centre pour lesquelles il a travaillé comme démineur volontaire pendant plusieurs années. À l’âge de 18 ans, il a connu une relation torride avec Vanessa Paradis, qui était encore jolie à cette époque mais qui lui a préféré Johnny Depp, allez savoir pourquoi. Après l’invasion du Koweït par l’Irak, Max Paitch s’est engagé dans l’armée canadienne dont il était une des quatorze nouvelles recrues depuis deux ans. Chargé des services de renseignements (les latrines ? À gauche), il fut racheté par l’armée botswanaise en échange de deux caisses de munitions que l’armée canadienne ne pouvait acheter, faute de moyens. Blessé gravement lors d’une opération suicide dans un centre communautaire pour femmes battues (au Koweït, toujours est-il), il fut rapatrié au Canada, les Botswanais ne voulant plus s’en occuper, où il habite encore aujourd’hui, en faisant tout en son pouvoir pour éviter les provinces maritimes. Anencéphale à ses moments, il s’est lancé dans l’écriture après avoir vu des photos de l’immense maison de Bernard-Henri Lévy qui, il est vrai, n’est pas vraiment un écrivain. Aujourd’hui Max Paitch enseigne la mythologie à de petits psychopathes qui fréquentent l’école publique et que personne n’arrive à distinguer des autres.
 

3

 

 

Je vous en conjure cher lecteur, ne jugez pas Rosario sur cet incident étonnant. Le connaissant bien, je peux vous certifier que jamais, ni à six ans, ni à huit, ni lors de sa première séance de masturbation à 10 ans alors que le crachotement de ce liquide blanc, visqueux et collant le troubla énormément, ni tous les jours à partir de ce jour parmi les jours, n’eut-il de moment, d’instant, que dis-je, de poussière de temps où son pénis refusa de se tendre par-delà les forces de la pesanteur, vers un ciel parfois ensoleillé, parfois étoilé, parfois gris cobalt, séquoia humain et animal (le pénis pas le ciel) qui porte dans ce petit amas de peau enchevêtrée et rouge, la force, la colère, la folie de ce que la création a bien voulu donner aux mâles (ce qui, avouons-le, est quand même bien peu de choses). Rosario, mes amis, est le sujet principal de cette histoire car non seulement est-il beau et plaît-il aux femmes, mais encore possède-t-il cette extraordinaire faculté de pouvoir étirer cet amas de peau un tout petit peu plus que l’immense majorité des trois milliards d’autres mâles qui l’entourent sur cette planète de carbone, d’oxygène, de méthane et surtout de femmes. Et quand je dis ‘un tout petit peu’, je mesure (il ne s’agit pas de peser ici) mes mots, puisque l’on parle de trois pouces, 7-8 centimètres, ce qui, sur n’importe quelle échelle, humaine, animale, planétaire, insectoïde ou même bactérienne, est, là aussi, bien peu de chose.

 

Vous ne me croyez pas ? Alors visualisez Staline portant une chemise et des chaussettes de grosse laine, debout devant un lit qu’on a réchauffé, entendant au loin, mais est-ce son imagination, le tonnerre des armées qui s’entre-déchirent pour quelques bouts de rues à Stalingrad, dont, comme Brest, il ne reste rien, une, deux, trois jeunes et terrifiées camarades féminines couchées sous les couvertures, sa moustache frissonnante dans l’air glacé de la chambre malgré le feu qui crépite avec force dans la cheminée et qui est constamment alimenté par un jeune juif qu’il se prépare à égorger lors d’un après-midi d’ennui, ce Staline que vous voyez là, dans votre imagination, les cuisses poilues, ne portant ni culottes, ni pantalon, l’entrejambe dévoilé comme un nouveau-né abandonné dans une poubelle, croyez-vous sincèrement qu’il aurait été aussi sanguinaire si la nature l’avait gratifié d’un peu plus de peau ? Pensez-vous sincèrement que l’organe qu’il laisse à peine dépasser sous sa chemise, est important, qu’il se prolonge indéfiniment comme la guerre, qu’il pourra honnêtement satisfaire ces trois jeunes filles à la poitrine opulente qui l’attendent dans le lit ? Ou, comme moi, avez-vous plutôt l’impression que ce petit bout de peau qui semble bien chétif sème la terreur dans la tête de ces jeunes femmes qui savent que la moindre remarque sur la chose les catapultera tête première sur le front puis dans un camp de concentration ? Et Hitler ? Goebbels ? Goering ? Les imaginez-vous vraiment se déshabillant (non !), déboutonnant uniformes, chemises et camisoles, détachant pantalons, gardant chaussettes, baissant culottes et présentant un sexe capable de défier les lois immuables de la pesanteur (qui tiennent atomes et galaxies ensemble, je vous le rappelle)? Dites-moi ? Je vous vois sourire ami lecteur, eh bien je vous interdis de le faire. Tant d’histoires (et d’Histoire) pour quelques couches de peau enroulées autour d’une ou deux grosses veines. Mao, Hiro Hito, Mendele, Pol Pot, et tous ceux que j’oublie, tous là, régnant sur un monde de peur et de terreur, découpant, déchirant, crevant, frappant tant d’hommes, de femmes et d’enfants, certains si vieux que le crépuscule seulement les garde en vie, d’autres si jeunes que le goût du vent ne signifie encore rien, tous bercés des promesses humaines qui soufflent le cœur et lui permettent de battre sans fin, tous ces êtres plus fragiles que le dessin d’un nuage, écrasés pour un peu de peau.

 

Bref, si je me suis attardé à la vie de Rosario, c’est bien parce que je l’imaginais exempte de toute frustration, de toute colère, de toute envie d’écorcher vif son voisin et la femme et les enfants et les chats de celui-ci. Mais, de toute évidence, cela n’est pas le cas et la lente marée tranquille que j’imaginais être l’existence de Rosario s’avère beaucoup plus troublée que je ne l’espérais. Mais bon, telle est la vie d’un romancier vissé à sa chaise, esclave de ces petits dessins que nous appelons lettres et mots, et qui s’imagine comprendre cette masse visqueuse et merveilleuse que nous nommons l’espèce humaine.

 

*

 

Avant de continuer, il faut que je vous explique le petit astérisque qui se trouve là, timidement placée sur la ligne qui précède. À quoi peut-il bien servir vous demandez-vous cher lecteur si (malheureusement) attentif aux moindres petits détails ? Ces étoiles, que vous retrouverez tout au long du texte, marquent une ellipse, un bond fragile et discret dans l’espace-temps (qui ne font qu’un, c’est tout ce que je sais, je lis Scientific American mais il y a des calculs). Bref, elles indiquent que le paragraphe d’avant et celui d’après ne se déploient pas en même temps (je précise pour ceux qui ont de la difficulté à suivre et qui devrait peut-être acheter du Sagan la prochaine fois). C’est un procédé narratif très moderne qui permet d’éviter d’avoir à tout décrire et qui aide énormément les écrivains moins talentueux qui ont de la difficulté avec les transitions. Mais loin de moi l’idée d’utiliser ce procédé pour masquer quelques faiblesses. Non, ce texte profondément moderne, il honore, grâce à ces merveilleuses petites étoiles, cette extraordinaire modernité qui me permet d’écrire n’importe quoi de n’importe quelle façon et vive tonton (vous voyez).

 

 

 

4

 

 

Bref, nous sommes quelques jours plus tard. Tournez maintenant la tête cher lecteur et regardez là, à gauche, suivez mon doigt derrière ce glissement des jours. Voici Rosario pris dans un après-midi d’hiver comme il y en a tant quand le souffle de la mort n’est qu’un murmure dans l’horizon des mots. Certes, notre Rosario a souffert de sa mésaventure et ne comprend toujours pas ce qui s’est passé. Certes, il a enduré plusieurs moments d’angoisse pendant lesquels son pénis restait aussi sourd et muet (si tels sont les mots) qu’un politicien qui vient d’être élu, et certes il a pensé surfer sur Internet et découvrir discrètement la cause de son problème, mais tout compte fait, les choses étant rapidement retournées à la normale (durcissement presque instantané au glissement furtif de peau lisse de jeune femme), Rosario a rapidement oublié, non ce n’est pas vrai, il a plutôt rapidement relégué cette soirée dans ces tiroirs mal huilés et très rarement ouverts de la mémoire désagréable.

 

Nous le retrouvons donc quelques jours plus tard, assis dans un café avec ses vieux copains François, Adrien, Mathieu et Marco. Comment devrions-nous les visualiser, entends-je du fond de la salle ? Eh bien des quatre, Marco est le plus chétif, le plus nerveux. Il parle avec rapidité, rit avec trop de force. Son visage est émacié. Ses cheveux sales. Il détonne par rapport au groupe et, vous vous en doutez maintenant, n’est-ce pas là tout le propos du texte que vous tenez dans vos mains pendant que l’autobus roule, un humide matin d’hiver et que tous, autour de vous, sentent le chat mouillé qui a froid et à qui il manque testicules et envie même de les ravoir ? Bref Marco est celui dont les prouesses amoureuses sont tout aussi exceptionnelles que peut l’être une séance de gymnastique chez des obèses qui respirent par la bouche et qui s’assoient à vos côtés dans l’avion bondé. C’est d’ailleurs ce qui permet aux jeunes amies des cinq hommes, lorsque tout la ïne vient à manquer (coca, héro, amphéta), de l’imaginer de dos, nu et en érection, se faisant aller les fesses poilues et molles sur un matelas sale dont les draps sont de couleurs indéfinies. C’est, en fait, ce qui rend Marco particulièrement populaire chez ces jeunes femmes et a, comme conséquence (Marco n’ayant pas tout à fait bien saisi le concept d’ironie) de le mettre alors dans tous ses états de drague et de faire frissonner tout le monde de dégoût (femmes, hommes, serveurs et pompier homosexuel dont le poster à moitié nu, pour le mois de juillet, paru dans le dernier calendrier produit et distribué par la ville grâce à l’argent des contribuables et dont les profits devaient aller à quelques causes charitables d’enfants qui, même à quinze ans, perçoivent encore mal la différence entre artichauts et humains et dont les parents, dépourvus de cerveau mais bien équipés en testicules et ovules, n’ont jamais vu la nécessité d’arrêter de fumer lors de la grossesse, mais qui vont en fait atterrir (les profits pas les parents, revoir début de la phrase plus haut) sur les seins des call-girls que l’assistant du maire subventionne généreusement (les call-girls et les seins), et dont le statut de vedette musclé, je parle maintenant du pompier, lui offre de nombreuses occasions de tirer son coup et son tuyau tout en portant ses bottes). En fait, Marco est ce veau émissaire (car qui pourrait le qualifier de bouc ?) dont chaque groupe a besoin et qui vous ressemble peut-être, cher éditeur qui lisait ce manuscrit (ou peut-être ressemblez-vous à Rosario cher béat et fortuné ami qui pensait publier ce merveilleux texte). Quant aux trois autres, en pleine santé, heureux, beaux et bien habillés, ils respirent l’assurance (mais aussi l’oxygène) et j’abrège parce que je me fatigue.

 

Rosario est leur leader (la plasticité d’un petit bout de peau menant rapidement du statut de jeune homme à celui de président de Vivendi ou de la République Centrafricaine gérées d’ailleurs sensiblement de la même façon), c’est lui qui oriente la conversation, qui décide des activités qu’ils entameront, qui pénètre le premier dans une soirée et sonne le moment du départ, c’est lui qui, de sa voix grave et douce, porte le jugement dernier sur tout ce dont le groupe discute et qui ordonne aux autres de prendre les décisions difficiles et d’en assumer les conséquences (je vous l’avais dit, comme un président). Bref, les voici les quatre plus Marco, assis à un café assez typique, discutant des sujets qui intéressent Rosario et rigolant de ses blagues, bref faisant généralement ce qu’un groupe fait lorsqu’il est obnubilé par celui dont le sexe est le plus proéminent. Mais là évidemment ne s’arrête pas notre histoire. Suivez mon doigt cher lecteur, tournez la tête légèrement à gauche et observez cette jeune femme assise quelques tables plus loin. Remarquez la couleur de ses cheveux, la luminosité de sa peau, la taille de ses cils et le bout de ses seins qui pointent à travers sa petite chemise (ou ne remarquez pas, c’est comme vous voulez). Voyez comme elle regarde Rosario, sentez comme le désir monte en elle, comme son corps, à peine brusqué par les tensions de la vie, imagine les mains de Rosario sur lui, regardez comme elle écarte légèrement les jambes sans même s’en apercevoir, comme ses narines frémissent, ah cher ami lecteur, je vous souhaite être ainsi désiré car rien ne vous enveloppera avec autant de douceur (sauf peut-être la responsable aux prêts hypothécaires juste avant que vous signiez). Eh bien cette jeune femme, que même le vent ne cesse de caresser, de frôler et d’effleurer, cette jeune femme à la ceinture de peau à peine visible entre la fin de la chemise et le début de la jupe (courte, vous vous en doutez) est maintenant folle de Rosario. Et voici que, comme de fait, Rosario, dont le flair sexuel n’a d’égal que la capacité du requin de percevoir le surfeur australien, la remarque.

 

C’est fait, le contact a été établi, la phase deux est maintenant entamée. C’est le moment crucial de la manœuvre qui va précéder l’atterrissage sexuel. La phase deux, vous la connaissez tous j’en suis sûr, est particulièrement dangereuse et nombre de missions échouent d’ailleurs à ce moment-là. Pourquoi ? Parce que cette phase deux, croit-on généralement, est opérée par le dialogue, les mots servant à manœuvrer tout délicatement l’immense objet de poils, de peau, de sueur et d’hormones frémissantes qui s’approche. Mais voilà l’erreur ! En fait, les manœuvres doivent s’effectuer dans le silence le plus parfait puisque c’est l’objet lui-même qui doit se poser doucement (ou brusquement) sur (ou dans) l’endroit indiqué dans l’appartement du copain dont les parents divorcés sont partis quelques jours à la campagne et qui laissent toujours les draps de soie sur le lit, ce qu’ils regrettent ensuite amèrement. Bref, toute cette manœuvre ne dépend pas de mots qui ne font que rendre plus difficile l’emboîtement des choses qui doivent s’emboîter.

 

D’ailleurs, vous le savez peut-être (sinon, vous allez l’apprendre), ces mammifères à petits poils et à l’estomac fragile que nous sommes, se séduisent, en fait, et ce depuis toujours, sans utiliser de mots (n’est-ce pas incroyable !). Comment, me demandez-vous ? En lisant rapidement sur le corps convoité les indices physiologiques qui permettent de jauger de la santé, de la fertilité et de l’immunité de celui-ci. Comme quoi, le goût marqué pour des formes mammaires bien développées que ces grands primates nus qui regardent la télé ont pour le sexe opposé, n’est pas un hasard. Le tout est inscrit profondément, inéluctablement, inévitablement dans leurs gènes (qui ont le dos large ces temps-ci). Même chose pour les hanches, la taille de la mâchoire, la musculature et la couleur de la peau. Étrangement, aucun commentaire sur les indices physiologiques associés à la taille de l’objet le plus déterminant de la civilisation humaine dans la littérature scientifique (ce qui, évidemment, est un oxymore). Certes, quelques féministes qui, à l’époque, couchaient avec de jeunes hommes dont la nudité n’aurait impressionné personne dans les douches du YMCA au 180 ouest, 135e rue, ont inlassablement répété que la taille n’était qu’un mythe. D’autres, assises dans les estrades de ce même YMCA, regardant leurs amants jouer au basket, la sueur perlant sur leurs muscles parfaitement ciselés, auraient juré aux grands dieux que le mythe était un mythe et qu’il avait été inventé par des hommes un peu mous dont les chairs se ramollissent sur les bancs de l’université et dont la couleur générale semble indiquer une préférence pour des bibliothèques sombres où personne ne court la chance de se retrouver nu et diminué (elles n’auraient peut-être pas exprimé le tout de cette façon, avalant leurs chips et criant de plus belle pendant que le match allait en surtemps, mais vous me suivez). Personnellement, ne pouvant ni jouer au basket ni me pavaner dans quelques YMCA que ce soit, j’aurais tendance à dire que, oui, cela est un mythe et que la corrélation plaisir-taille est aussi ténue que celle entre argent et bonheur (encore qu’il ne s’agit peut-être pas de la meilleure analogie…), mais n’étant ni riche, ni membré, qu’en sais-je véritablement ? Car, étrangement, à part quelques articles dans divers magazines où les lectrices racontent comment plombiers, pompiers, policiers et potiers les pressent de leurs exploits sexuels pendant que leurs maris (ceux des femmes, pas des plombiers, encore que…) se sacrifient au travail, le sujet a presque été totalement ignoré. Peut-être cette absence d’information correspond-elle à un simple problème technique ? Comment mesurer le degré de satisfaction de la dite-femme, du dit-homme, des dits-mineurs ou de la dite-vache, par rapport à la taille du dit-membre ? Comment créer, gérer et analyser les données obtenues ? Comment observer les expériences, les filmer, les examiner sans vouloir diffuser le tout sur Internet ?

 

Bref, tout cela pour vous dire que lorsque Rosario (qui ne savait pas jouer au basket mais aurait pu, lui, fréquenter les douches du Y de la 135e rue) se leva et se dirigea vers la jeune femme, il savait instinctivement qu’il ne devait rien dire, qu’il devait laisser son corps, et la bosse de son pantalon, parler. C’est évidemment ce qu’il fit, s’avançant comme (cochez la bonne réponse) : un fauve ? Un missile ? Un aigle qui fond sur sa proie ? Vers elle, laissant Marco, qui était en train de lui parler, en plan.

 

 

 

5

 

 

C’est le milieu de la nuit, dans la chambre de Rosario. La jeune femme du café est couchée sur le lit. Nue et magnifique, évidemment sinon, je vous connais, vous arrêteriez de lire (voyez ces seins, ces fesses, ces cuisses, ce dos, cette nuque, ces coudes, ces jointures, ces omoplates, ces amygdales, cette glande thyroïde, ces plombages exceptionnels comme ils se marient à la gencive, ces dents de sagesse qui poussent au fond de la gorge et qu’il faudra bientôt enlever, ces petits poils qui tapissent l’intérieur des narines et permettent de filtrer les impuretés, ce gros orteil, celui de gauche car franchement celui de droite est moins réussi, ces tendons inférieurs croisés, regardez, regardez, ah cher lecteur, comment pourrais-je vous la décrire adéquatement ?). Nous l’entendons hâler avec force et voyons son corps, à peine esquissé dans la lumière bleue de la nuit, scintiller de transpiration. Puis, comme le veut la tradition romaine depuis les autres mémoires d’Hadrien, nous la voyons, en silhouette, se baisser et embrasser le sexe de Rosario. Il gémit (Rosario, pas le sexe) alors que le vent, comme d’habitude, glisse dans les rideaux. Puis, soudainement, il arrête de gémir (Rosario, pas le sexe). Quelque chose vient de se passer cher lecteur. Quelque chose, quelque part, dans le tissu incompréhensible de l’univers, dans la résonance des dimensions sans fin dans lesquelles se croisent et se recroisent les quarks, gluons et autres trucs incompréhensibles, là où les planètes explosent sous la brûlure de leurs soleils, oui, là, quelque chose vient d’arriver. Un homme, sur une toute petite planète, au sexe impressionnant (l’homme pas la planète), don si rare des dieux que seuls quelques-uns en sont bénis par galaxie, n’arrive pas à faire affluer le sang dans son don. Et pourtant…Dieu sait qu’il aimerait bien, qu’il donnerait tout pour y arriver, qu’il a beau savoir ne pas être le seul qui, en ce moment, ne peut exécuter cette chose si facile que même les adolescents y arrivent à longueur de journée, que partout, dans toutes les régions du monde, du Tibet aux îles Caïmans, de l’Argentine au Nunavut, de Java à Sumatra, des hommes regardent avec horreur des mains, des bouches, des seins, des moustaches, des corps non pubères achetés à des parents en échange de deux sacs de riz, se frotter sur ce bout de peau qui refuse catégoriquement, comme un papillon qui ne sent pas l’appel du printemps, de sortir de ce cocon de tissus mou qui l’entoure, oui, il a beau savoir tout cela, la situation n’en reste pas moins difficile. Mais rien à faire et voici Rosario qui grogne maintenant tel un babouin confiné à l’échelon inférieur de la hiérarchie sexuelle. Et puis arrive ce qui devait arriver. Au bout d’un moment, fatiguée, les muscles de la mâchoire réprimant une crampe (ce qui serait bien le comble), comme des milliers d’autres à travers le monde (dont certaines n’ont pas la chance d’avoir une mâchoire puisqu’elle leur a été arrachée), la fille relève la tête.

 

 

— La fille : Ben et alors ?

 

— Je sais pas…Je comprends pas…Ça m’arrive jamais…C’est…

 

— Je t’excite pas ?

 

— Non, non c’est…

 

— Allez fais un effort quoi !

 

— J’essaye mais…Humpf.

 

 

Et Rosario commet un geste qu’il n’avait jamais, jamais commis auparavant, un geste qu’il pensait impossible : Il pose la main sur son pénis et se caresse, alors qu’une femme magnifique et nue et excitée partage son lit et ses draps et son matelas et son oreiller de plumes d’oie fabriqué au Turkménistan grâce à une subvention pour le développement durable. Mais tout cela en vain (la main sur le pénis, pas le développement, ah oui, pardon, le développement aussi). Le truc reste manifestement, indubitablement, incontournablement et peut-être même, délibérément, mou (en passant, le vent glisse toujours dans les rideaux, pour ceux que ça intéresserait).

 

 

— Quel dommage, avec l’équipement que tu te payes !

 

— Non, attends, attends, je vais y arriver.

 

 

Et Rosario de poursuivre de plus belle et de continuer à s’enfoncer dans l’abîme de la déchéance sexuelle là où croupissent doyens de la faculté de commerce et investisseurs en capital de risque, de laisser de côté tout honneur, tout respect de soi et du flot naturel du sang dans la paroi intérieur du pénis jusqu’à l’anneau prénuptial, qui est le tissu élastique qui se trouve à l'extrémité du prépuce (entre le prépuce interne et le prépuce externe) et qui aide à contracter le bout du dit-prépuce pour le maintenir sur le gland (pas mal non ? J’ai trouvé ça sur Internet). Et le voilà qui recommence (Rosario, pas le prépuce), qui, encore et toujours, se caresse, d’une main, de deux, qui bouge ses hanches, se fait aller les reins, qui souffle et se démène et transpire mais qui n’arrive pas à faire durcir cette chose maintenant aussi inesthétique et froissée que la trompe de Ganesh malencontreusement enfermé dans la cage aux grands mammifères au zoo de Fayetteville (ainsi que me le répétait ma mère qui y était née). Mais ne soyez pas triste cher lecteur puisque tout homme languissant sous le poids des années doit, un jour, affronter ses performances sexuelles sur le déclin, sa calvitie envahissante et le fait qu’aucune jeune fille de vingt ans ne le regarde avant qu’il ne sorte son portefeuille.

 

Non, ne soyez pas triste cher lecteur car cet être bien plus intelligent que le homard de l’Atlantique qu’est le fabuleux être humain que nous sommes tous, a plus d’une machette admise par la Convention sur les armes inhumaines (à l’opposé des armes humaines bien entendu) dans son sac et saura, même s’il s’agit de Rosario, se tirer d’embarras ou tirer dans le tas.

 

Mais bon, pendant que j’écris ces profondes réflexions et que de petites bombes sympathiquement nucléaires sont vendues à de sympathiques entrepreneurs postmodernes qui croient beaucoup en une sympathique déconstruction totale, la jeune femme, elle, la mâchoire légèrement endolorie (ce qui est rare, compte tenu de son entraînement), le corps toujours aussi beau, les seins toujours aussi fermes, le reste toujours aussi reste, décide de ne plus penser à rien (ce qu’elle fait avec beaucoup de talent), de s’allonger sur le lit et de dire :

 

 

— Qu’est-ce que tu fais ?

(Moi ?)

 

On entend un grognement qui sort de la salle de bain.

(Ah, lui !)

 

 

Au bout d’un moment, Rosario est de retour dans la chambre. Il est penaud, son truc pendouillant occupant une large place dans le champ de vision de la fille. Il la regarde. Il ne sait quoi dire. Elle le regarde. Elle ne sait quoi dire. Je les regarde. Je ne sais quoi écrire (ainsi que vous avez pu le remarquer).

 

 

— Désolé… Je sais pas ce qui se passe….

 

— Bon (elle écrase sa cigarette). C’est pas grave, ça fait partie des déceptions de la vie. Allez, passe-moi mes fringues, faut que je me barre.

 

— Mais…

 

— T’en fais pas, personne ne le saura. Allez ciao !

 

Elle sort, laissant Rosario seul, dans sa chambre seul, dans son appartement seul, sur ses draps et son oreiller (de plumes d’oie fabriqué au Turkménistan grâce à une subvention au développement durable) seul, son gros pénis flasque et lourd, toujours légèrement humide, sur sa cuisse, seul (évidemment). Le vent, lui, glisse toujours dans les rideaux (personne ne lui ayant dit d’arrêter), seul lui aussi mais bon, il ne s’en plaint pas.

 

 

 

6

 

 

Au cours des jours qui suivent, cet état de choses se répète plusieurs fois. Vous avez raison cher lecteur, le tout est très triste, c’est le destin, que voulez-vous, comme c’est triste j’en ai larme à l’œil, mais c’est la vie et c’est la littérature et c’est surtout moi, du haut de cette chaise aussi suédoise qu’une Saab construite en Inde, penché comme un vicieux sur un vieil ordinateur aussi portable qu’une tumeur aux reins, qui décide du sort de Rosario. Voilà, c’est comme ça, vous n’aviez qu’à écrire le texte vous-même. Bon, alors où en étions-nous ? Ah oui, aux jours qui suivent. Donc Rosario rencontre plusieurs différentes femmes pendant ces fameux jours qui continuent de suivre (car ils n’ont rien de plus intéressant à faire). Utilisant cette lâcheté qui lui vient si naturellement, Rosario s’auto suggère alors un profond traumatisme de jeunesse qui lui bloquerait d’une façon ou de l’autre ses capacités érectiles (ce qui est aussi honnête que de prétendre aller faire de la plongée sous-marine lorsqu’on on visite la Thaïlande et ses petits garçons et ses petites filles et ses petits garçons dans ses petites filles et ses gros touristes dans ses petits garçons dans ses petites filles). Certes, me direz-vous, il pourrait se rendre à la pharmacie du coin et demander un de ses nombreux et fabuleux médicaments testés sur des babouins qui en sont morts le sourire aux lèvres, assassinés par les autres mâles et qui règlent de façon marrante et sympathique (les médicaments pas les mâles) et sans danger d’être assassiné (enfin, il n’y a pas de garantie) les problèmes érectiles, mais qui oserait utiliser de telles prothèses chimiques lorsqu’on a vingt-cinq ans (moi, mais c’est une autre histoire)? Rosario décide donc de tester son hypothèse en tentant diverses expériences sexuelles (en quoi est-ce que cela teste son hypothèse me demanderez-vous, je n’en ai aucune idée) et ce, à tous les genres et à tous les nombres et sujet du verbe avoir. Le voici donc, pendant ces satanés jours qui nous suivent comme des chiots affamés de caresses, qui se met à faire l’amour à une agréable obèse, à une élancé schizophrénique, à deux sveltes jumelles (deux, évidemment) sourdes comme des pots de vin insuffisants, à une pompiste de chez Esso (avec laquelle j’aurais pu faire plusieurs mauvais jeux de mots), à une présidente de compagnie de produits pour chiens qui ne porte ni culotte ni pleurote sous ses bas de nylon (pleurote ?), à une étudiante créationniste qui est persuadée qu’on peut lire Lacan, à une jeune mère et sa plus jeune fille, les deux majeures et de moins de trente ans, et même, oui même, Ô désarroi ! au jeune éphèbe qui sert le cognac chez Kox et qui s’avère, de loin, le plus déçu. Bref, à la guerre comme à la guerre, la fin justifiant les moyens, un tien vaut mieux que deux tu l’auras, pierre qui roule n’amassant pas mousse (ce qui semble logique), vit au dépend de celui qui l’écoute, zenfants de la patrie et tout le reste. Les choses vont donc assez mal, merci beaucoup Madame la marquise.

 

*

 

Faisons maintenant un saut dans le temps et l’espace (l’espace-temps, pas le temps et l’espace, je suis désolé, il faut tout m’expliquer) comme si nous étions dans un film de science-fiction en train de sauver la planète d’une attaque terrifiante de centaines de vierges musulmanes chevauchant leurs terroristes bien-aimés.

 

Rosario est assis dans un café (le même que l’autre fois, celui que je ne vous ai pas décrit), entouré de ses copains (Mathieu, Adrien, Marco et François). Il a, vous vous en doutez, perdu de son assurance, le pauvre enfant. Une fois encore, une jolie jeune femme (du même style que la précédente, avec les seins qui pointent et la jupe, et les narines, et les jambes qui s’écartent et tout et tout, faites un petit effort et rappelez-vous de la précédente ça m’évitera de tout réécrire) assise à une table voisine, regarde Rosario avec intensité. Rosario, au lieu de lui rendre son regard, détourne les yeux. La femme ne comprend pas, insiste et va jusqu’à fixer son entrejambe. Étonnement, Rosario détourne toujours les yeux et croise les jambes et se gratte l’oreille et se touche le front et avale une belle arachide blonde tâchée d’urine.

 

— François : T’as vu la bombe qui te regarde ?

 

— Rosario : Hum…

 

— François : Ben, qu’est-ce que t’attends ? Va la voir, elle attend que ça.

 

— Rosario : Non, non, je peux pas ce soir là, faut que je me lève tôt demain.

 

— François : Depuis quand ?

 

— Rosario : Euh, j’ai du travail, des choses quoi, faut que j’aille voir mes parents.

 

— François : Et alors ?

 

— Rosario : De toute façon, je suis fatigué, je suis pas bien ces temps-ci.

 

 

La femme, qui en a assez et qui a un peu mal au cœur à cause des arachides, se lève alors et se dirige vers la table.

 

 

— La femme : Vous permettez ?

 

 

Sans attendre car elle va bientôt s’évanouir si elle ne s’assoit pas immédiatement, elle prend place aux côtés de Rosario. Tous se taisent, obnubilés par sa beauté (celle de la femme certes mais aussi celle de Rosario dont ils sont tous secrètement amoureux, si secrètement en fait qu’ils ne s’aperçoivent pas que cette image, qui ne cesse de leur venir en tête quand ils se masturbent en insérant des choses là où elles ont plutôt tendance à en sortir, est celle de Rosario). Il y a un silence gêné. Marco est gêné. François est gêné. Mathieu est gêné. Adrien est gêné. Rosario est gêné. Même moi ça me gêne. Car elle est vraiment superbe. Bien mieux que la précédente d’il y a quelques pages (c’est qu’à force d’écrire, je m’améliore).

 

 

— Alors, vous me payez un verre ?

 

— François : Oui, oui, tout de suite. Garçon !

 

(vers Rosario) : — Et vous vous appelez comment ?

 

 

Et là l’impossible, qui n’est pas français et qui doit être bulgare, se fracasse dans ce petit café, sur cette petite table autour de laquelle tous sont assis et éclabousse, de ses poussières d’impossible bulgare, tous ceux qui y sont assis et les laisse bouche bée, sexe bé, yeux bés et autres orifices bés. Oui, cher lecteur, à la surprise profonde de tous, Rosario et son sexe mous se lèvent sans rien dire (pour le sexe cela va de soi) et sortent du café…

 

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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "« Vous êtes une gonzesse de premier ordre ». « Une fille comme toi mérite la première place ». Ces compliments sont adressés à cette très jeune femme, Mireille Havet, née en 1898, morte en 1932, dont quelques poèmes et un roman, Carnaval, valurent à leur auteur une relative célébrité, qui fut après sa mort aussitôt oubliée, et qui trouve aujourd’hui dans l’histoire littéraire la juste place qui lui revient."
Ludovic Monnerat "Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L’hésitation de l’Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d’une vision stratégique confuse."
Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
Luc Rosenzweig "Dans la catégorie "L'Américain que vous adorerez aimer", Barack Obama a toutes les caractéristiques d'un bon produit, et même d'un produit de grand luxe : jeune, métis, apparemment plus cultivé que son adversaire républicain. Il n'en faut pas plus pour que la machine à faire l'opinion en France se mette en branle, et martèle : "Ecce homo !""