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La France à la conférence de Rome : Daladier sans Chamberlain

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig est spécialiste de politique internationale.
 

On ne faisait pas grand cas, jusque-là, du ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, cardiologue de son état. Selon les jours il était surnommé « Mickey d’Orsay », ou « Condorcet » dans les couloirs du département, où, comme chacun sait, les diplomates se défoulent d’avoir été professionnellement polis avec leurs interlocuteurs.

Au plus fort de l’été, alors qu’une canicule meurtrière pour les vieillards devrait accaparer les unes de journaux et remplir d’images ensoleillées les actualités télévisées, Douste-Blazy parvient pourtant à se hisser au sommet de l’actualité française.

Il doit cet honneur au fait d’avoir affronté, sa mèche brune en bataille, Condoleeza Rice lors de la conférence de Rome du 26 juillet, consacrée à la recherche de solutions propres à mettre fin au violent conflit armé qui oppose Israël à la milice islamiste libanaise du Hezbollah.

Les faits sont bien connus : le 12 juillet, un commando de « fous de Dieu » capture deux soldats israéliens qui effectuaient une patrouille le long de la frontière entre le Liban et Israël, et en tuent deux autres. Cette agression intervient quelques jours après une attaque semblable, au sud, où un groupe armé du Hamas palestinien fait prisonnier un caporal de Tsahal après avoir détruit un char et tué les autres occupants de l’engin. Dans les deux cas, il s’agit donc d’agressions caractérisées, perpétrées contre des soldats stationnés sur le territoire de leur nation : il n’y a plus un militaire israélien eu Liban depuis mai 2000 et Tsahal s’est retirée de la bande de Gaza en août 2005.

Le gouvernement d’Ehud Olmert, où la gauche travailliste est représentée, entre autre, par le ministre de la défense Amir Peretz, pratique ce qui a toujours été la politique de l’État juif dans ces circonstances : ne pas céder au chantage, et rétablir la capacité de dissuasion d’Israël face aux actions de ceux dont l’objectif affiché est de le rayer de la carte. Non seulement on ne négocie pas avec les ravisseurs - qui demandent la libération de terroristes emprisonnés en Israël - mais on riposte en détruisant les infrastructures de la terreur : les sites de lancement de roquettes vers le sud d’Israël à Gaza, qui n’ont pas cessé un seul jour depuis le retrait israélien, et le réseau de bunker du Hezbollah d’où partent les « katioushas », obus de mortier, vers les localités du nord de la Galilée. Il n’est pas inconvenant, n’en déplaise aux moralistes de la presse française et aux finasseurs du Quai d’Orsay, de qualifier ces attaques du Hamas et du Hezbollah de terroristes, car, à la différence des ripostes israéliennes, elles sont dirigées exclusivement contre des installations civiles.

Au Liban donc Israël entreprend, à l’aide de son aviation, de sa marine et de son artillerie, de protéger son territoire et la vie de ses citoyens sur lesquels tombent une pluie d’engins dont la portée est de plus en plus longue : l’Iran a fourni au Hezbollah des missiles capables d’atteindre Haïfa, la troisième ville d’Israël.

La banlieue sud de Beyrouth, où se situe le quartier général des « fous de Dieu » et le repère de leur chef Nasrallah, leur télévision Al Manar est pilonnée, après que l’aviation ait lancé des tracts invitant la population civile à quitter les lieux. Les localités du Sud-Liban abritant des unités armées du Hezbollah sont traitées de la même manière.

Ces ripostes provoquent, hélas, des victimes parmi les non-combattants, mais à qui la faute ? Le directeur de la division des droits de l’homme de l’ONU, le norvégien Jan Egeland, qui ne ménage généralement pas ses critiques envers Israël, a qualifié le Hezbollah de « tas de couards » en référence à sa pratique systématique de procéder à ses tirs contre Israël à partir d’écoles, d’hôpitaux où autres lieux peuplés de femmes, d’enfants et de vieillards. Plus pervers encore : des groupes mobiles viennent lancer leurs engins en se plaçant tout près des cantonnements de la FINUL, la force d’interposition de l’ONU, bien mal nommée d’ailleurs puisque son mandat lui interdit de faire quoi que ce soit pour empêcher les gens de se tirer dessus.

Ce qui devait arriver arriva, une riposte israélienne à un tir de katioushas a fait, le 26 juillet, quatre victimes parmi les Casques bleus.

Face à cette situation, la prétendue communauté internationale agit en ordre dispersé : les agresseurs veulent à tout prix obtenir un cessez-le-feu immédiat pour éviter de se prendre une raclée qui les mettrait hors d’état de nuire pour un bon moment. Ceux-là trouvent une écoute attentive à Paris, où Jacques Chirac fait tout pour réparer le moment d’égarement qu’il a eu en 2005 : s’associer avec les États-Unis pour faire voter par le Conseil de sécurité la résolution 1559, qui exigeait le départ de l’armée syrienne du Liban et… le désarmement du Hezbollah. Le chagrin consécutif à l’assassinat de son ami et mécène libanais Rafic Hariri par des sicaires syriens avait quelque peu brouillé les idées de notre président de la République : exceptionnellement surgissait un éclair de bon sens dans une pensée marquée par les délires persistants de la trop fameuse « politique arabe de la France ».

Il dépêche donc Villepin à Beyrouth, qui participe à une réunion du gouvernement libanais, où sont présents les ministres Hezbollah qui se fichent de la « 1559 » comme de leur premier turban. On « oublie » de passer voir les victimes de Haïfa, pourtant située à un quart d’heure d’hélicoptère de Beyrouth. Oubli réparé quelques jours plus tard par une visite de Douste-Blazy, opportunément pris dans une alerte sous les caméras de télé. On proclame haut et fort qu’il faut un cessez-le-feu immédiat – entendez par là laisser au Hezbollah sa capacité de nuisance.

En face, Condoleeza Rice et sa collègue britannique Margaret Beckett préconisent une solution qui soit de nature à assurer, non pas une trêve qui serait violée immédiatement par les « fous de Dieu », mais un calme durable. Cela passe, bien évidemment par une réduction notable, sinon totale des capacités de nuisance du Hezbollah, état dans l’état libanais, qui entraîne toute une nation dans la spirale de la violence et de la misère. J’ai pu constater de visu, en 2005, comment, dans les zones contrôlées par le Hezbollah, notamment le magnifique site de Baalbek, cette milice chiite tient la population sous un contrôle social absolu, et laisse ces régions dépérir économiquement en ponctionnant ses ressources afin d’accroître son arsenal militaire.

C’est alors que M. Douste-Blazy, tel un Villepin venant faire la leçon à George W. Bush aux Nations Unies, vient à Rome pour ne proposer rien moins que la capitulation d’Israël devant les exigences terroristes : cessez-le-feu immédiat, échange de prisonniers, « accord politique » avec le Hezbollah avant l’envoi d’une force multinationale, remise au Liban des fermes de Chebaa, un mouchoir de poche territorial que se disputent Beyrouth et Damas, actuellement occupé par Israël. Tout cela avec de grandes envolées sur la vocation de la France à protéger, dans la région, les faibles et les opprimés.

Heureusement Rome 2006 n’est pas Munich 1938, et si Douste-Daladier était là, il manquait un Chamberlain pour faire triompher la couardise et parapher la honte.

On notera, en conclusion, que ces turpitudes françaises ont pour conséquence de faire remonter la cote de popularité présidentielle du fond de l’abîme où elle était tombée. Fasse le ciel que Jacques Chirac ait la lucidité d’Édouard Daladier face aux foules venues acclamer le « sauveur de la paix » à son retour de Munich : « Ah, les cons ! », s’était-il exclamé.

 

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Les Chroniques de MF

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