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Grandeur de Mozart. Petitesse de l’Europe ?

Jacques Henric

Jacques Henric est enseignant, publiciste et romancier.
 

Paru dans art press, no. 328, octobre 2006.


« Vivent les femmes, vive le bon vin ! / Soutien et gloire de l’humanité ! ». « E aperto a tutti quanti / Viva la liberta ! ». Comment voulez-vous que les fous d’Allah, les allumés de l’islamisme, puissent supporter ces hymnes au plaisir et à la liberté mis en musique par Mozart ! Leur univers est celui des ténèbres, celui de la Reine de la Nuit, celui où gronde l’esprit de vengeance : « Un enfer de vengeance brûle dans mon cœur / Mort et désespoir flambent autour de moi ». Étonnez-vous que Benoît XVI, passionné de Mozart, ait mis un théologique doigt sur les haines et les violences nées des enfers de la vengeance. Haine de Mozart : son opéra Idoménée, cible des islamistes, à Berlin. Haine du pape : injures contre sa personne, religieuse assassinée, églises brûlées. Aux mots, aux écrits, à la pensée, l’esprit de vengeance répond par des explosifs et des massacres, donnant ainsi crédit aux propos du saint Père sur les ravages causés par une divinité qui ressemble plus au Maldoror de Lautréamont qu’à un Dieu d’amour et de miséricorde.

Le grave dans l’affaire, c’est moins les misérables fatwas lancées, hier contre des écrivains (Salman Rushdie, Taslima Nasreen), contre des caricaturistes danois, aujourd’hui contre Mozart et un professeur de philosophie (Robert Redeker), que la pusillanimité, voire la veulerie, avec lesquelles on y répond. Une seule menace, par téléphone, au Deutsche Oper de Berlin, et Idoménée est aussitôt déprogrammé. Un enseignant, collaborateur des Temps Modernes, s’exprime en toute liberté sur l’Islam, non pas dans sa classe, mais dans un quotidien, le Figaro : menaces de mort d’un groupe fondamentaliste musulman, mais surtout pétocharde et honteuse réaction du ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien : « En signant une tribune libre, cet enseignant a impliqué l’éducation nationale. Un fonctionnaire doit se montrer plus prudent, modéré, rusé en toutes circonstances ». Qu’aurait conseillé ce même ministre aux enseignants qui, dans les circonstances du régime « légal » de Vichy, se montrèrent si peu modérés et si peu prudents en entrant dans la Résistance ? Quant au Mrap, fidèle à lui-même, il s’en faut de peu qu’il n’ait trouvé que ce « provocateur » de Redeker avait bien mérité ce qui lui arrivait. Abdelwahab Meddeb publie Contre-prêches (dont je ne saurais trop conseiller la lecture). Le Seuil avait prévu de mettre en couverture du livre une miniature (reproduite à plusieurs reprises dans art press) représentant Mahomet en compagnie de la Vierge Marie. Opposition de l’université d’Edimbourg, qui possède l’original. Raison invoquée : la crainte de heurter les musulmans (l’image figure sur un des rabats de la couverture).

Devant ces abdications, ces lâchetés, faut-il désespérer ? Sûrement pas. Des politiques, des écrivains, des artistes, voire des religieux (musulmans compris), ne cèdent pas devant le chantage des terroristes. Réflexion du metteur en scène allemand Hans Neuenffels, à l’adresse des responsables de la déprogrammation d’Idoménée : « Ce ne sont pas ceux qui vivent dans la foi islamique qui me font peur. Ce sont ceux qui veulent nous faire avoir peur de la foi de ces gens, qui me font peur ».

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Les Chroniques de MF

Jacques Henric "… Il n’était ni l’un ni l’autre, Alain Robbe-Grillet, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Rien qu’un écrivain, tout simplement. Et un écrivain qui, précisément, s’en est pris d’entrée à l’increvable pathos romantique selon lequel l’acte d’écrire relèverait d’une nécessité absolue. La posture oraculaire du dieu tonnant ses vérités n’a jamais été la sienne. « Moi, en tout cas, déclarait-il en 2001, je peux vivre sans écrire ». « Pas sans vin rouge », ajoutait-il. Logique que la veille de sa mort, la première chose qu’il ait réclamée : une bouteille de bordeaux."
Ludovic Monnerat "Les deux principales campagnes de contre-insurrection qui se déroulent sous les projecteurs éblouissants des médias sont-elles en concurrence ? L’hésitation de l’Occident, entre une guerre « juste » mais marginale et une guerre « illégale » mais centrale, témoigne d’une vision stratégique confuse."
Vincent Kaufmann "Les sciences humaines sont-elles réformables ? Doivent-elles être réformées ? Faut-il leur reconnaître au contraire un droit de figurer sur la liste des espèces en voie de disparition, à protéger d’urgence ? Ou même un droit à l’intemporalité, qui était jusqu’à présent plutôt une spécialité du Vatican ? Elles ne sont pourtant pas intemporelles, elles n’ont pas toujours été là, même s’il leur arrive de s’accrocher à cette illusion."
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